Épisode 100

3 défis qui peuvent expliquer des difficultés en compréhension de textes

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Lorianne Lacerte - Icône - Apple podcastÉcoutez sur Spotify

Avant d’entrer dans le sujet d’aujourd’hui, j’ai envie de prendre un petit moment.

Parce que cet épisode marque le 100e épisode de L’orthophonie simplement. 🥳

Et honnêtement, je trouve ça un peu fou. Merci d’être là, de lire, d’écouter, de partager. Je ne prends jamais ça pour acquis. 💜

Maintenant, parlons de la compréhension de texte.

C’est un enjeu que je vois vraiment souvent : des jeunes qui lisent, mais qui ne comprennent pas vraiment.

Aujourd’hui, je te présente trois raisons fréquentes qui peuvent expliquer ces difficultés, et comment on peut mieux soutenir les jeunes si on comprend les raisons derrière leurs défis.

Comprendre la compréhension avant de vouloir l’améliorer

Quand un jeune a de la difficulté à comprendre ce qu’il lit, le réflexe, souvent, c’est de lui faire lire plus. Poser plus de questions. Revenir sur le texte.

Mais le problème, c’est que la compréhension, ce n’est pas une seule compétence.

C’est comme un système. Il y a plusieurs éléments qui travaillent ensemble en même temps : la lecture, l’attention, le langage, la mémoire…

Et quand il y a un bris quelque part dans ce système-là, ça peut donner l’impression que la compréhension est difficile, même si ce n’est pas ça, le vrai problème.

C’est pour ça que juste lire plus ou pratiquer globalement, ce n’est pas toujours ce qui aide le plus.

Ce qui fait vraiment une différence, c’est de prendre un pas de recul et de se poser une question simple : Qu’est-ce qui fait que ça ne fonctionne pas ?

Parce que selon la réponse, on ne va pas intervenir du tout de la même façon.

Voici 3 défis potentiels, et pourquoi ils peuvent avoir un impact sur la compréhension en lecture.

Défi #1 : Les difficultés liées à la lecture

Quand la lecture n’est pas automatisée, elle demande beaucoup d’efforts.

Le jeune doit se concentrer sur décoder les mots, reconnaître les sons, assembler les syllabes… Tout ça, ça prend de la place dans son cerveau.

Donc forcément, il reste moins de ressources pour comprendre.

Dans ces situations-là, on va souvent voir :

  • une lecture lente
  • beaucoup d’efforts
  • une perte du sens en cours de route

Le jeune peut lire un texte au complet, sans être capable de dire ce qu’il a compris.

Pas parce qu’il n’est pas capable de comprendre, mais parce que toute son énergie est prise par la lecture elle-même.

Il y a aussi un autre élément important : les erreurs de lecture.

Quand un mot est mal lu, ça peut complètement changer le sens de la phrase.

Parfois, le jeune s’en rend compte, relit, se corrige.

Mais parfois, non.

Et dans ce cas-là, il peut continuer sa lecture en construisant une compréhension qui ne correspond pas au texte.

Défi #2 : Les difficultés attentionnelles

Comprendre un texte, ça demande de rester concentré.

Il faut être capable de suivre l’information, de la retenir, de faire des liens… Ça repose beaucoup sur l’attention (et la mémoire de travail).

Quand l’attention est plus fragile, on peut observer :

  • des pensées qui partent ailleurs pendant la lecture
  • de la difficulté à se rappeler ce qui vient d’être lu
  • des difficultés à faire des liens entre les idées

Le jeune peut lire, mais ne pas vraiment être présent mentalement.

Souvent, ça ne se voit pas tout de suite.

Le jeune commence à lire, et ça va bien… Puis tranquillement, l’attention diminue. Il perd le fil, décroche, revient, relit.

Et ça demande beaucoup plus de temps, beaucoup plus d’efforts pour comprendre le texte.

Défi #3 : Les difficultés liées au langage

Un jeune peut très bien lire les mots, mais ne pas comprendre le sens de la phrase.

Parce qu’à l’écrit, les phrases sont souvent plus longues, plus complexes, avec des structures moins naturelles qu’à l’oral.

Donc même si chaque mot est compris individuellement, le lien entre les idées peut être difficile à saisir.

Le vocabulaire joue un rôle énorme.

À l’écrit, on utilise des mots plus précis, plus abstraits, moins fréquents.

Donc un jeune peut avoir l’impression de comprendre, mais en réalité, il manque des morceaux importants parce que certains mots ne sont pas bien compris.

Et comprendre un mot une fois, ce n’est pas suffisant. Ça prend plusieurs expositions pour que le sens s’installe vraiment.

Il y a aussi tout ce qui est moins visible, mais tout aussi important :

  • les marqueurs de relation (ex. : cependant, puisque, alors que…)
  • la capacité à faire des liens entre les idées
  • les inférences, les déductions, les prédictions

Donc comprendre un texte, ce n’est pas juste lire et reconnaître les mots.

C’est être capable de donner du sens à tout ça, de relier les informations, et parfois même de lire entre les lignes.

Pourquoi c’est essentiel d’identifier la bonne source

Quand un jeune a de la difficulté à comprendre un texte, on pourrait être tenté de travailler la compréhension de façon générale.

Mais en réalité, on ne va pas intervenir du tout de la même façon selon la source du défi.

Un jeune qui peine à décoder les mots, un jeune qui perd son attention après deux pages, et un jeune qui ne comprend pas le sens des phrases… Ce n’est pas le même point de départ.

Donc si on ne prend pas le temps de comprendre où ça bloque vraiment, on risque de travailler dans le beurre.

Ce qu’on veut, c’est être capable de décortiquer les bris de compréhension.

On peut se demander :

  • Est-ce que c’est la lecture qui demande trop d’efforts ?
  • Est-ce que l’attention est difficile à maintenir ?
  • Est-ce que certains mots ou certaines phrases ne sont pas compris ?

Puis, on peut observer concrètement ce qui se passe.

Par exemple :

  • Si on lit le texte pour le jeune, est-ce qu’il comprend mieux ?
  • Si on réduit les distractions, est-ce que ça change quelque chose ?
  • Si on explique un mot ou qu’on simplifie une phrase, est-ce que ça débloque ?

Ces petites observations-là, elles peuvent déjà donner beaucoup d’indices pour intervenir de façon  beaucoup plus efficace.

Des pistes pour mieux soutenir la compréhension

Une fois qu’on a une meilleure idée de ce qui se passe, on peut adapter nos interventions. Voici quelques pistes concrètes selon les besoins :

Soutenir la lecture

Si la lecture demande beaucoup d’efforts, l’objectif, sera de :

  • soutenir l’accès au sens
  • et graduellement favoriser une lecture plus fluide

Concrètement, ça peut vouloir dire :

  • lire avec le jeune ou pour lui
  • utiliser des outils comme la synthèse vocale
  • l’exposer régulièrement aux mots écrits

L’idée, ce n’est pas de forcer la lecture à tout prix. C’est plutôt de s’assurer que le jeune ait accès à la compréhension, tout en continuant de développer ses habiletés en lecture.

Soutenir l’attention

Quand l’attention est en jeu, on va surtout essayer de diminuer la charge autour de la tâche.

Par exemple :

  • choisir un environnement plus calme
  • lire en petits morceaux
  • faire des pauses

Et surtout, miser sur l’intérêt.

Un texte qui intéresse le jeune va toujours être plus facile à lire et à comprendre qu’un texte imposé, sans motivation.

Soutenir le langage

Quand le défi est davantage lié au langage, on peut intervenir directement sur les éléments qui nuisent à la compréhension.

Par exemple :

  • clarifier le sens des mots inconnus
  • reformuler les phrases plus complexes
  • attirer l’attention sur les marqueurs de relation (ex. : cependant, parce que…)

On peut aussi prendre le temps de discuter du texte :

  • expliquer
  • faire des liens
  • poser des questions ouvertes

Parce que comprendre un texte, ça se construit souvent dans l’échange, pas juste dans la lecture seule.

Aller plus loin : travailler les sous-compétences

Quand on travaille la compréhension, on a souvent tendance à rester au niveau global : on lit, puis on pose des questions pour voir ce qui a été compris.

Mais comprendre un texte, c’est fait de plusieurs petites habiletés qui peuvent se travailler une à la fois.

Puis souvent, c’est là que ça fait une vraie différence. Voici quelques pistes à explorer ! 👀

Les marqueurs de relation

Ce sont les petits mots qui permettent de faire des liens entre les idées (ex. : parce que, cependant, donc, alors que…).

Ils peuvent sembler anodins, mais ils changent complètement le sens d’une phrase.

Donc si ces mots-là ne sont pas bien compris, le jeune peut faire des liens qui ne sont pas les bons, et perdre le sens du texte.

Le vocabulaire

Le vocabulaire est au cœur de la compréhension.

Même si un jeune comprend globalement un texte, des mots moins connus ou mal compris peuvent créer des zones floues.

Prendre le temps de vérifier le sens d’un mot, de le réexpliquer, puis d’y revenir plus tard, ça fait une vraie différence à long terme.

La structure des textes

Les textes sont organisés d’une certaine façon, et comprendre cette organisation aide beaucoup à suivre l’information.

Par exemple :

  • une histoire n’est pas structurée comme un article
  • un texte d’opinion n’est pas structuré comme un texte informatif

Aider le jeune à repérer ces structures, c’est l’aider à mieux anticiper et organiser ce qu’il lit.

Les inférences et les prédictions

Comprendre un texte, ce n’est pas seulement comprendre ce qui est écrit noir sur blanc.

C’est aussi être capable de lire entre les lignes :

  • deviner des intentions
  • faire des liens
  • anticiper ce qui pourrait arriver

Et ça, ça se travaille en discutant autour du texte, en posant des questions, en réfléchissant ensemble.

Pour en savoir plus sur les inférences, tu peux consulter l’épisode 43 du podcast !

Une compétence clé souvent négligée : la synthèse

S’il y a une chose que je travaille presque systématiquement avec les jeunes qui ont des difficultés en compréhension, c’est la capacité à synthétiser l’information.

Parce que comprendre un texte, ce n’est pas juste être capable de le lire ou même de l’expliquer un peu.

C’est être capable de garder l’essentiel, de faire des liens entre les idées, puis de le reformuler dans ses mots, de façon claire.

Et ça, c’est beaucoup plus exigeant qu’on pense.

Faire une synthèse, ça demande de comprendre ce qu’on lit, mais aussi de faire des choix. De décider ce qui est important, ce qui l’est moins, puis d’organiser l’information dans sa tête avant même de la dire.

Ce que je vois souvent, c’est des jeunes qui lisent un paragraphe, puis quand on leur demande ce qu’ils ont compris, soit ils vont répéter une phrase presque mot pour mot, soit ils vont donner un détail très précis, mais qui ne représente pas vraiment l’idée principale.

Ou encore, ils vont dire « je sais pas », alors qu’en réalité, ils ont compris des choses, mais ne savent pas comment les organiser ou les exprimer.

Et ça, c’est normal… Parce que cette compétence-là est rarement enseignée de façon explicite.

On demande souvent aux jeunes de résumer, de répondre à des questions, de retenir l’information… Mais on leur montre peu comment faire.

Alors que dans les faits, ça s’apprend.

Concrètement, ça peut commencer par des petits moments très simples. On lit un court passage, puis on s’arrête. On demande : « Qu’est-ce qui est important ici ? »

Le jeune va proposer quelque chose. Puis on peut ajuster : « OK, ça c’est un détail intéressant, mais si tu devais expliquer ce paragraphe à quelqu’un, qu’est-ce que tu garderais ? »

On peut aussi comparer nos idées : « Moi, je retiendrais surtout ça, parce que ça explique ce qui se passe. »

Puis tranquillement, on l’amène à regrouper ses idées, à faire des liens, à reformuler dans une phrase qui fait du sens.

Ce travail-là peut se faire en petits morceaux, avec des textes courts, puis se transférer graduellement dans des lectures plus longues.

Et honnêtement, c’est une des choses qui a le plus d’impact.

Parce que quand un jeune devient capable de synthétiser ce qu’il lit, il devient aussi beaucoup plus actif dans sa compréhension. Il ne fait pas juste lire. Il traite l’information, il la transforme, il se l’approprie.

Ce qu’il faut retenir

Voilà qui met fin à l’épisode 100 !

Si tu devais faire une synthèse de cet épisode (blague voulue 😜), je voudrais que tu retiennes que quand un jeune a de la difficulté à comprendre ce qu’il lit, ce n’est pas juste une question de compréhension.

C’est souvent un mélange de plusieurs choses : la lecture, l’attention, le langage, ou autre.

Donc avant de vouloir en faire plus, de faire lire davantage, ça vaut vraiment la peine de prendre un pas de recul et de se demander : qu’est-ce qui bloque, concrètement ?

Parce que c’est à partir de là qu’on peut vraiment faire une différence.

En ciblant mieux, en ajustant nos interventions, en soutenant les bonnes habiletés au bon moment.

Puis surtout, en accompagnant le jeune à développer des stratégies qu’il va pouvoir réutiliser dans tout ce qu’il lit. 💜

Pour en savoir plus, je t’invite à :

  • Consulter l’épisode 39 : Comment apprend-t-on à lire ?
  • Consulter l’épisode 40 : Comment aider ton enfant à mieux lire ?
  • Consulter l’épisode 43 : Les inférences – avec Paméla McMahon Morin
  • Consulter l’épisode 53 : Les difficultés de lecture et d’écriture – avec Audrey Fortin
  • Consulter l’épisode 82 : Quels livres choisir pour un lecteur débutant ?
  • Consulter l’épisode 87 : Le rôle des parents dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture
  • Consulter l’épisode 93 : Soutenir le langage pour de meilleures habiletés en langage écrit

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3 raisons qui expliquent les difficultés en compréhension de textes et comment mieux accompagner les jeunes au quotidien | L'orthophonie simplement - épisode 100
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3 raisons qui expliquent les difficultés en compréhension de textes et comment mieux accompagner les jeunes au quotidien | L'orthophonie simplement - épisode 100

EN QUELQUES LIGNES

Pourquoi la compréhension en lecture est-elle difficile pour certains enfants ?

La compréhension en lecture peut être difficile en raison de plusieurs facteurs. Les principales causes incluent des difficultés de lecture, des problèmes d’attention et des enjeux liés au langage. Chaque situation est différente, ce qui rend important d’identifier précisément l’origine des difficultés pour mieux accompagner l’enfant.

Comment les difficultés de lecture affectent-elles la compréhension ?

Lorsque la lecture n’est pas automatisée, le cerveau doit fournir plus d’efforts pour décoder les mots. Cela réduit les ressources disponibles pour comprendre le sens du texte. Des erreurs de lecture peuvent également entraîner une mauvaise interprétation de l’information.

Quel est le rôle de l’attention dans la compréhension en lecture ?

L’attention permet de rester concentré, de suivre le fil du texte et de retenir les informations importantes. En cas de difficultés attentionnelles, il devient plus difficile de faire des liens entre les idées, ce qui peut nuire à la compréhension globale.

Pourquoi le vocabulaire est-il crucial pour comprendre un texte ?

Le vocabulaire joue un rôle clé dans la compréhension. Si certains mots ne sont pas compris ou sont mal interprétés, le sens global du texte peut être altéré. L’apprentissage du vocabulaire nécessite plusieurs expositions pour être bien intégré et réutilisé.