Épisode 39

Comment apprend-t-on à lire ?

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Lorianne Lacerte - Icône - Apple podcastÉcouter sur GoogleÉcoutez sur Spotify

Dans cet épisode qui s'adresse aux parents, Lorianne parle des bases de l'apprentissage de la lecture. Elle explique ce qu'est le modèle d'auto-apprentissage et pourquoi celui-ci est particulièrement utile et efficace pour apprendre à lire. Ne manquez pas les prochains épisodes, qui eux aussi aborderont le thème de la lecture (et aussi de l'écriture) !


La lecture est un sujet que Lorianne tient à cœur et pour lequel elle a reçu plusieurs formations au cours des dernières années. Elle est donc très bien placée pour en parler ! D'ailleurs, en tant que clinicienne, les jeunes d'âge scolaire forment sa clientèle principale, et elle apporte même parfois son aide à des élèves du Cégep !
Avant de commencer, Lorianne nous rappelle qu'il y a des prérequis qui doivent être présents chez l'enfant avant qu'il puisse commencer à lire. Si ce n'est pas déjà fait, allez écouter les épisodes 22 et 23, qui expliquent respectivement comment préparer son enfant pour son entrée en maternelle et pourquoi la conscience phonologique est une habileté essentielle pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture !

Que doit savoir un enfant pour commencer à lire ?
Il existe plusieurs modèles théoriques pour expliquer l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Toutefois, un modèle en particulier reçoit actuellement beaucoup d’approbation scientifique, notamment par les chercheuses Liliane Sprenger-Charolles et Johannes Ziegler. Quel est le nom de ce fameux modèle ? C'est le modèle d’auto-apprentissage !
En fait, lorsqu’un enfant apprend à lire, il passe par plusieurs étapes. Par exemple, il doit d’abord apprendre le code alphabétique, puisque le français est une langue alphabétique (une langue basée sur l’alphabet).

L’enfant doit donc apprendre les lettres et les sons qui leur sont associés. Il peut ensuite apprendre le code, c’est-à-dire toutes les correspondances graphèmes-phonèmes (CGP) possibles. Par exemple, la lettre « C » peut faire le son « sssss » et le son « k ». L'enfant doit aussi apprendre que certaines lettres combinées forment un son différent (ex. « O » + « U » = « ou ».

Au moment d’apprendre à lire, l’enfant possède déjà de bonnes habiletés de langage oral : il connaît la forme sonore et le sens des mots. Il sait donc que le mot « lapin » sonne comme « lapin » et il connaît le sens du mot ;  il peut avoir une image mentale et nommer quelques caractéristiques d'un lapin. Lorsqu’il saura lire, il pourrait aussi associer la forme écrite du mot à ses connaissances.  

Pour lire, l’enfant doit alors apprendre à associer ces trois éléments :

1- les symboles visuels (les graphèmes/lettres) ;
2 - la forme sonore (les phonèmes) ;
3 - le sens des mots.

Un enfant va donc voir les lettres « LAPIN », associer les graphèmes à des sons et associer la suite de sons obtenus à un sens.

Qu'est-ce que le modèle d'auto-apprentissage ?

Selon ce modèle, l’enfant va apprendre et pouvoir se corriger lorsqu’il lit grâce à ce qu'on appelle une boucle de rétroaction. Ainsi, s’il voit un mot pour la première fois, il va activer ses connaissances du code pour y associer des sons. Ensuite, il va chercher dans son lexique sémantique (son vocabulaire de mots connus) un mot qui lui est associé. Il va aussi se fier au contexte pour choisir le bon sens du mot.

Par exposition aux mots dans un contexte, comme dans un texte ou une phrase, il va créer une connexion dans son cerveau entre les lettres vues et le sens du mot ! Voilà pourquoi il est si important de lire les mots en contexte.

Prenons un exemple : si l'enfant voit le mot « MER », il pourrait commencer à le dire ainsi : « MÉ ». En cherchant pour un mot qui sonne comme cela, il pourrait penser au mot « MAI », le mois de l'année. Il pourrait aussi se dire que le « R » à la fin du mot doit peut-être être prononcé aussi, et ainsi l'enfant penserait à sa maman et à l'océan. C'est en lisant le mot dans un son contexte, comme une phrase (ex. « Julie a hâte d'aller nager dans la mer ») ou un livre imagé, que l'enfant saura de quel mot il s'agit vraiment et comment il doit être lu.

Éventuellement, ce processus d'auto-apprentissage se fera si rapidement que l'enfant n'aura plus à décoder le mot pour bien le lire et le comprendre ; ce sera automatique. Si l'enfant n'a pas un bon vocabulaire, il sera habitué à lire des mots qui n'ont aucune signification pour lui, et il aura beaucoup plus de de difficulté à s'auto-corriger s'il lit un mot en le prononçant de la mauvaise façon.

Bien sûr, certains mots en français sont irréguliers et ne peuvent pas être décodés son par son. Par exemple, le mot monsieur ne se prononce pas « mon - sieur », même si c'est ainsi qu'on pourrait le lire. À force d'être exposé aux mots irréguliers, l'enfant sera de plus en plus en mesure de bien les lire et de les associer à un sens dans sa tête.

Pour résumer, une fois que l’enfant a appris le code alphabétique, il peut lire de façon autonome, donc lire de nouveaux mots. Le processus va devenir de plus en plus rapide et automatique. En étant exposé à différents mots et en utilisant ses connaissances sémantiques, l’enfant va aussi pouvoir apprendre des correspondances graphèmes-phonèmes moins fréquentes. Il pourra donc apprendre que certains mots contiennent des lettres muettes et que certains sons s’écrivent de plusieurs façons, comme le son « O ».

Que devez-vous retenir de cet épisode ?

Premièrement, souvenez-vous que la meilleure façon d’apprendre à lire, c’est d’être exposé plusieurs fois aux mots dans un contexte.

Deuxièmement, n'oubliez pas que certaines habiletés doivent être développées avant que l'enfant puisse lire, comme la conscience phonologique et le vocabulaire (à ce sujet, consultez l'épisode 37 sur l'accès lexical).

De cette façon, l'apprentissage de la lecture sera facilité et votre enfant pourra prendre goût à la lecture !

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