« Mange tes brocolis ! »
En tant que parent, on donne souvent des directives à nos enfants qui sont pour leur bien, mais qu'ils n'aiment pas suivre.
On le fait parce qu'on les aime, et on sait que les résultats seront plus importants que le désagrément que ça peut leur occasionner.
Et dans certains domaines, c'est évident qu'on fait la bonne chose.
Évidemment, ton enfant doit manger des légumes pour être en bonne santé. Il doit regarder des deux côtés de la rue avant de traverser. Il doit se brosser les dents.
Évidemment. C'est juste normal.
Mais dans d'autres domaines, c'est un peu plus nuancé. Si ton enfant a un trouble spécifique des apprentissages en lecture (la dyslexie), tu te trouves peut-être dans l'une de ces situations où la réponse n'est pas si évidente.
Est-ce que tu devrais forcer ton enfant à lire pour qu'il s'améliore en lecture ?
Toute une question. 😅
Regardons concrètement si la lecture forcée aide un enfant dyslexique à progresser en lecture, et quelles alternatives pourraient être plus adaptées. Tu vas voir, c’est pas mal nuancé !
Est-ce qu’il faut insister pour qu’un enfant lise, même s’il refuse ?
Pas nécessairement.
Et ici, je dois vraiment apporter une nuance importante.
Ce qui aide vraiment un enfant à progresser, ce n’est pas seulement le fait de lire lui-même, mais surtout d’être exposé aux mots écrits.
Autrement dit, son cerveau a besoin de voir des séquences de lettres et de les associer à des sons (la forme sonore du mot) et à un sens.
Donc oui, exposer un enfant aux mots écrits, c’est essentiel.
Mais l’obliger à lire lui-même, ce n’est pas toujours nécessaire.
Voyons plus en détail ce qui peut arriver si on force un enfant dyslexique à lire.
Quand on insiste pour qu’un enfant dyslexique lise, même quand c’est difficile pour lui, l’effet peut être contraire à celui qu’on recherche.
L’objectif, c’est qu’il s’améliore. Mais si chaque moment de lecture est associé à des difficultés, à des échecs ou à un effort trop grand, il peut tranquillement (ou très rapidement !) perdre l’intérêt pour la lecture.
À force d’être placé dans des situations où il se sent en difficulté, l’enfant peut aussi commencer à se percevoir comme moins compétent. Ça peut avoir un impact sur son estime de soi.
Le choix du matériel peut aussi jouer un rôle important. Si on propose des textes trop difficiles à l’enfant, il risque de se décourager rapidement. Mais à l’inverse, des textes trop simples pour son âge peuvent aussi être démotivants.
Regardons ensemble trois domaines où la lecture devient particulièrement difficile pour un enfant avec un trouble spécifique des apprentissages en lecture.
Quand la lecture d’un enfant n’est pas automatisée, l’une des choses qui sollicite le plus son cerveau, c’est le décodage.
Par exemple, s’il lit le mot « monsieur », il doit décoder les lettres en sons, puis combiner ces sons pour lire le mot et le comprendre.
OK, mais… Les sons « mon » et « sieur », ça n’a rien à voir avec comment on prononce le mot !
Exact. 😅 En français, il y a de nombreux mots irréguliers, qui sont difficiles à lire aux sons.
Avec le mot « tulipe », le décodage peut se faire plus facilement. Mais même là, un enfant dyslexique pourrait faire des erreurs entre les sons et donc avoir du mal à reconnaître le mot.
Chez un jeune avec des défis, une grande partie de son attention est utilisée pour décoder ce qu’il lit, ce qui ralentit la lecture et augmente l’effort.
La surcharge cognitive, c’est quoi ?
C’est quand le cerveau doit gérer trop d’informations en même temps et qu’il n’arrive plus à suivre.
Par exemple, imagine que tu dois lire un texte dans une langue que tu connais un peu, mais pas parfaitement.
Tu dois réfléchir à chaque mot, essayer de comprendre la phrase, retenir ce que tu viens de lire…
Ouf. 🫠
Après quelques phrases, tu dois relire. Tu oublies le début. Tu ne sais même plus ce que tu es en train de lire.
C’est exactement ça, la surcharge cognitive.
C’est déstabilisant, décourageant, et épuisant. On n’aime pas se sentir comme ça, donc on ne veut certainement pas que notre enfant vive ça.
Mais malheureusement, chez un enfant dyslexique, c’est ce qui peut se passer pendant la lecture. Oui, même si c’est dans sa langue maternelle !
Son cerveau est tellement sollicité qu’il finit par perdre le fil. Même s’il arrive à lire les mots, il peut avoir de la difficulté à comprendre ce qu’il lit.
Pour y arriver, il doit fournir beaucoup plus d’efforts que ses pairs, ce qui devient rapidement trop demandant.
Pour un enfant dyslexique, cette fonction est souvent sollicitée pendant la lecture. Comme une grande partie de ses ressources est utilisée pour décoder les mots, il reste moins d’espace pour retenir ce qu’il vient de lire.
Par exemple, pendant qu’il lit un mot, l’enfant peut déjà oublier le début de la phrase.
Il peut donc lire correctement, mais sans comprendre le sens du texte.
Chez les plus jeunes, ça se manifeste souvent par une lecture lente et très exigeante. Chez les plus grands, on observe davantage des difficultés de compréhension, surtout avec des textes plus longs ou complexes.
Si tu veux plus de détails sur les processus cognitifs impliqués dans l’apprentissage de la lecture, j’en parle dans l’épisode 39 de L’orthophonie simplement : « Comment apprend-t-on à lire ? ».
Tu te dis peut-être « bin voyons Lorianne, évidemment qu’un enfant dyslexique ne peut pas s’améliorer s’il ne lit pas ! 🙄 ».
Mais en réalité, la réponse est nuancée. Oui, elle aussi !
Quand un enfant apprend à lire, notre objectif est que la séquence de lettres soit lue le plus automatiquement possible, pour réduire l’effort et optimiser l’espace cognitif disponible pour comprendre.
Une excellente manière d’y arriver, c’est par l’exposition fréquente aux mots écrits.
Plus un enfant voit un mot, l’entend et l’associe à son sens, plus cette connexion devient forte dans son cerveau.
Autrement dit, l’enfant crée des liens entre la séquence de lettres, la forme sonore du mot et son sens.
Et plus ces connexions sont renforcées, plus la lecture devient automatique, et moins elle demande d’efforts.
Donc, est-ce qu’un enfant peut s’améliorer sans lire ?
Pas vraiment, parce que c’est l’exposition aux mots qui est au cœur du développement des habiletés en lecture.
Mais ça ne veut pas dire que l’enfant doit lire seul. Il peut être exposé aux mots écrits de différentes façons.
Par exemple, quand un adulte lui lit une histoire et qu’il suit le texte avec ses yeux ou son doigt, il est déjà en train de faire des liens entre ce qu’il voit, ce qu’il entend et ce que ça veut dire.
Certains mots vont s’enregistrer rapidement dans ce qu’on appelle le lexique orthographique, c’est-à-dire sa banque de mots qu’il reconnaît et lit sans effort.
Bien sûr, cette automatisation ne se fait pas au même rythme pour tous.
Pour certains enfants, quelques expositions peuvent suffire. Pour d’autres, ça peut en prendre 20, 30, parfois même 50 ou 60 avant qu’un mot soit bien intégré.
Et ça, on ne peut pas le prédire à l’avance.
Chaque cerveau est différent. Chaque enfant apprend à son rythme, selon ses propres capacités.
Quand on veut aider un enfant avec un trouble spécifique des apprentissages en lecture, l’objectif n’est pas simplement qu’il lise plus.
C’est de l’exposer le plus possible aux mots écrits, tout en gardant le plaisir et le sens de la lecture.
Comme on l’a vu, ce qui aide vraiment, c’est la création de liens entre la forme écrite des mots, les sons et leur sens.
Et ça peut se faire de plusieurs façons.
Ça peut être que l’enfant lise par lui-même, qu’il écoute un livre audio en suivant le texte, qu’il utilise un livre interactif où il voit les mots et les entend en même temps, ou encore qu’un adulte lui lise une histoire… Tout ça, ça contribue à renforcer ces connexions dans son cerveau.
Voici maintenant 5 façons concrètes de soutenir la lecture sans créer décourager ton enfant.
Une des premières choses à regarder, c’est le niveau de lecture de ton enfant.
Lire un texte qui est trop difficile pour lui, c’est rapidement décourageant. Mais à l’inverse, quelque chose de trop facile ou trop « bébé » peut aussi lui faire perdre intérêt.
L’idée, ce n’est pas de trouver le texte parfait, mais plutôt de trouver un bon équilibre.
Et surtout, de se rappeler que même un texte un peu plus complexe peut fonctionner, si tu es là pour l’accompagner.
Ici, ton rôle est vraiment clé.
Quand un mot est trop difficile, tu peux simplement le lire pour lui. Tu peux nommer que c’est un mot plus complexe, sans lui demander de se corriger ou de recommencer.
Tu peux aussi ajuster ce que tu lui demandes :
L’objectif, ce n’est pas qu’il réussisse parfaitement. C’est qu’il reste engagé, sans se sentir constamment en échec.
Le choix des textes peut faire toute la différence.
Oui, les livres décodables peuvent être très aidants, surtout au début.
Mais au-delà du niveau, il faut aussi penser à ce qui l’intéresse vraiment.
Un enfant va toujours être plus motivé à lire quelque chose qui le rejoint, même si c’est un peu plus difficile.
Aujourd’hui, on a aussi un avantage intéressant : on peut créer du contenu sur mesure.
Par exemple, avec des outils d’intelligence artificielle, tu peux générer des petits textes adaptés au niveau de lecture de ton enfant tout en suivant ses intérêts.
Pour en savoir plus sur les différents types de livres qui existent pour les lecteurs débutants, tu peux consulter l’épisode 82 de mon podcast L’orthophonie simplement.
Lire, ce n’est pas juste une tâche à faire.
Pour que ton enfant reste motivé, il a besoin de comprendre pourquoi il lit.
Ça peut être pour :
Plus ton enfant voit que la lecture sert à quelque chose dans la vraie vie, plus elle devient naturelle.
Il y a des moments où ça va bien, et d’autres où c’est beaucoup plus difficile.
Un enfant fatigué ou moins disponible va avoir beaucoup plus de difficulté à lire.
Dans ces moments-là, tu peux simplement réduire la quantité de lecture qu’il doit faire (en prenant le relais pour lui plus souvent, par exemple).
Ça ne veut pas dire qu’il ne fait pas d’effort. Ça veut dire que tu respectes ce dont il est capable, là, maintenant.
En réalité, les attentes en lecture devraient toujours être ajustées en fonction de l’enfant.
Il n’y a pas de moment précis où on se dit : « OK, là, j’ajuste ». 😅
C’est quelque chose qui se fait en continu.
L’objectif reste le même : exposer l’enfant aux mots écrits, le plus possible. Mais la façon de le faire doit s’adapter à ce qu’il est capable de faire, ici et maintenant.
Pour ça, il faut l’observer.
Lire avec lui, être présent pendant qu’il lit, l’écouter lire à voix haute… Ça donne énormément d’informations.
On peut rapidement voir :
Parce qu’un enfant qui n’aime pas lire, ce n’est pas toujours un enfant qui ne veut pas.
Souvent, c’est soit parce que ça ne l’intéresse pas, soit parce que c’est trop difficile.
Donc, plutôt que de se fier seulement à ce qu’il comprend, il faut regarder comment il lit.
Un enfant peut comprendre ce qu’il lit, mais quand même avoir des difficultés en lecture.
Par exemple, il peut :
Et parfois, ces difficultés ne sont pas visibles immédiatement dans la compréhension, surtout chez les plus jeunes ou quand le texte n’est pas trop complexe.
C’est pour ça que la lecture à voix haute est si précieuse. Elle permet de voir le processus, pas seulement le résultat. On peut aussi remarquer que plus l’enfant lit, plus ça devient difficile. La fatigue s’installe, la vitesse diminue, les erreurs augmentent.
Et ça, c’est un indicateur important que la tâche demande beaucoup d’efforts.
Au final, il faut garder en tête que les enfants n’évoluent pas tous au même rythme.
Certains vont lire des romans très tôt, alors qu'il y a des enfants de quatrième année qui vont avoir de la difficulté à lire des phrases sans faire d'erreurs.
Donc, plutôt que de se baser sur le niveau scolaire attendu, l’idée est vraiment de s’adapter au niveau réel de l’enfant.
Et bon, tous les enfants ne développeront pas nécessairement un plaisir pour la lecture…Mais avec les bonnes conditions, c’est quelque chose qui peut se développer.
Ce que je veux que tu gardes en tête, c’est que ton objectif ne devrait pas être que ton enfant lise juste pour lire. Ça, ça ne sert à rien. Dans la vraie vie, personne ne fait ça. On lit pour apprendre, pour découvrir, pour comprendre.
À long terme, ce qui fera la différence pour ton enfant, c’est de développer une relation avec la lecture qui est suffisamment positive pour qu’il puisse s’en servir au quotidien. C’est ce qui va l’aider à l’école, au travail, dans ses relations sociales.
Ton rôle dans tout ça ? L’accompagner doucement, en prêtant attention à ses forces, ses faiblesses, ses intérêts et ses besoins.
Je sais que tu vas y arriver, et lui aussi. 💜
Si tu penses que ton enfant présente un trouble spécifique des apprentissages en lecture ou en écriture et que tu veux en avoir le cœur net, tu peux compléter ce questionnaire pour qu’on en discute.
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Non, l’obligation rigide n’est pas la solution. La régularité aide à progresser, mais la pression excessive peut nuire à la motivation et à l’estime de soi. L’objectif est une pratique encadrée, courte et adaptée, plutôt qu’une contrainte quotidienne vécue comme une punition.
La progression repose sur la répétition et l’entraînement, mais cela ne signifie pas forcer la lecture traditionnelle. La lecture accompagnée, les livres audio avec texte ou les exercices ciblés peuvent soutenir les apprentissages sans créer de surcharge émotionnelle.
Le refus est souvent un signe de fatigue ou de découragement, pas de paresse. Il est utile d’identifier la source de la difficulté, d’ajuster le niveau du matériel et de proposer des formats plus accessibles. L’accompagnement doit réduire l’anxiété, pas l’amplifier.
Oui, c’est possible. L’amour de la lecture dépend de l’expérience vécue. Si la lecture est associée à l’échec ou aux conflits, l’intérêt diminue. En revanche, des expériences positives, valorisantes et adaptées peuvent progressivement réconcilier l’enfant avec les livres.