Je ne sais pas si tu es enseignant·e de mathématiques, mais en tout cas, j’avais envie de faire un petit calcul rapide aujourd’hui.
180 jours x 5 heures d’enseignement par jour = 900 heures passées avec tes élèves par année (give or take).
Quand même. 900 heures. C’est énorme. 🤯
Sans compter qu’au fil de sa carrière, un·e enseignant·e peut avoir des milliers d’élèves…
Mon point ? Tu passes pas mal de temps avec tes élèves, et tu en as vu d’autres.
Donc, ça se peut bien qu’avec tout ça, tu puisses observer des difficultés chez tes élèves. Pas juste des difficultés scolaires, mais des difficultés attentionnelles, comportementales, relationnelles, langagières, etc.
Mais comme d’autres professionnels se spécialisent dans ces difficultés, ça peut être difficile de savoir si c’est vraiment à toi d’en parler aux parents, et si oui, comment le faire.
En ce qui concerne les difficultés langagières, elles passent facilement sous le radar. Voici donc quelques pistes pour t’aider à mieux les repérer et à aborder tes observations avec les parents.
On commence !
Oui !
Tu es souvent bien placé·e pour remarquer certains signes qui pourraient passer sous le radar ailleurs.
Parce que dans plusieurs cas, les parents :
Donc, ton rôle peut être de soulever des questionnements, de partager des observations claires et de signaler des préoccupations lorsque quelque chose attire ton attention.
Le langage est complexe, et les difficultés langagières peuvent se manifester de nombreuses façons en classe. Et comme chaque élève présente son propre profil, les signes observés peuvent varier d’un jeune à l’autre.
Voici donc quelques manifestations de difficultés langagières que tu pourrais observer dans ton quotidien professionnel. 🤓
Un élève qui a des difficultés de compréhension orale aura peut-être…
Un élève qui a des difficultés d’expression orale aura peut-être…
Un élève qui a des difficultés langagières qui affectent sa lecture aura peut-être…
Un élève qui a des difficultés langagières qui affectent son écriture aura peut-être…
Comme mentionné plus tôt, ça peut être facile de passer à côté de difficultés langagières. Et c’est en partie parce qu’elles peuvent être confondues ou coexister avec d’autres difficultés.
Pour illustrer, on peut considérer les scénarios suivants :
Ryan est souvent distrait, perd le fil, oublie les consignes et a du mal à suivre les explications données en classe.
Est-ce un TDAH ou une difficulté dans la sphère réceptive du langage ? S’il ne comprend pas bien ce qu’il entend, ça peut expliquer pourquoi il semble souvent être dans la lune.
Theo refuse de participer à certaines tâches et semble peu engagé en classe. Lorsqu’il commence quelque chose, il abandonne très vite. Est-ce un manque de motivation, ou est-ce que les tâches langagières prennent trop d’efforts cognitifs ?
Olivia parle peu et préfère rester en retrait. Elle évite les échanges avec les autres élèves, et elle ne participe pas en classe.
Est-ce de la timidité, de l’anxiété ou une difficulté à s’exprimer ?
James vit souvent des conflits dans ses interactions avec les autres élèves et agit de manière impulsive. Est-ce qu’il a des difficultés comportementales ou des difficultés à comprendre et à s’exprimer qui créent des malentendus ?
Je pourrais continuer en parlant du TSA, de difficultés d’apprentissage, de difficultés auditives, etc. Mais bref, il peut être difficile de déceler ce qui cause réellement les défis de l’enfant.
Un autre facteur à considérer est la persistance des difficultés. Est-ce que tu as remarqué des défis une fois, ou sur une base régulière ? Est-ce que les défis empirent avec le temps ? Aussi, quels sont les impacts sur le jeune ?
Lorsque je rencontre un enfant qui a un possible TDL (trouble développemental du langage), je dois justement découvrir les impacts fonctionnels concrets que vit l’enfant avant de pouvoir offrir une conclusion clinique. Souvent, ce sont ces impacts qui offrent le plus d’indices !
Pour avoir une meilleure idée des attentes développementales par tranche d’âge (et des impacts fonctionnels si celles-ci ne sont pas atteintes), consulte ma grille de dépistage gratuite pour les enseignant·es !
Je t’encourage aussi à en discuter avec l’orthophoniste ou l’orthopédagogue de l’école. Ces professionnel·les sont là pour ça, et pourront mieux te guider avant que tu abordes les parents. Peut-être même qu’il ou elle préférera s’en charger directement !
Mais sinon, tu te demandes sûrement…
Bon, maintenant, supposons qu’en lisant tout ça, le visage d’un élève de ta classe te pop constamment en tête. On va l’appeler Bobby.
Bobby a clairement une difficulté langagière, et tu veux en parler à ses parents. Mais c’est délicat, et tu n’as aucune idée comment faire.
Fear no more, je t’explique ça !
En fait, quoi NE PAS dire ?
Eh bien, il ne faudrait pas que les parents repartent de la rencontre en disant à tout le monde : « L’enseignante de Bobby dit qu’il a un TDL ! ». Donc, n'émet pas de diagnostic ni de conclusion orthophonique.
Tu peux même le nommer clairement : « Je ne suis pas orthophoniste, mais je remarque… ». Puis, tu peux enchaîner avec tes observations.
D’ailleurs, la grille de dépistage dont j’ai parlé tantôt ? Tu peux la montrer aux parents, en leur indiquant les attentes qui ne sont pas atteintes ou les impacts fonctionnels que tu vois chez leur enfant.
Après avoir entendu tes observations, les parents vont apprécier que tu leur proposes des solutions concrètes.
Ce n’est pas un « En passant, Bobby semble avoir une difficulté langagière. Ah bien, bonne chance, hein ! ».
Le travail ne s’arrête pas là. Donc, pourquoi pas compiler une petite liste d’orthophonistes à qui tu peux les référer (si l’orthophoniste de l’école ne peut pas prendre l’enfant en charge) ?
Le but, c’est d’informer les parents, mais aussi de les aider et de les guider.
Est-ce que les parents seront toujours réceptifs à ce que tu vas leur dire ? Non, pas toujours.
Est-ce que les parents seront toujours d'accord? Non plus.
Mais ton travail, ce n'est pas de les convaincre. C’est plutôt de t'assurer de transmettre l'information de façon claire, précise, avec des faits observables.
Et des fois, les parents ne veulent pas que leur enfant soit comparé à la norme. Ils n'aiment pas penser qu'il y a un décalage ou une différence. Mais quand on va dans le concret, dans le vécu, dans le ressenti de l'enfant, ça a beaucoup de poids. Plus, pour certains parents, que si on parle de défis scolaires.
Parce que les difficultés langagières peuvent aller bien plus loin que ça : elles peuvent avoir un impact sur l’estime de soi, l’humeur, la motivation à aller à l'école, et j’en passe.
Si, après avoir mentionné tout ce que tu observes et les impacts pour l’enfant, les parents minimisent ou refusent ce que tu dis, tu ne peux pas faire grand-chose sauf rester patient·e.
Et qui sait ? Si tu leur parles de ces difficultés à quelques reprises (sans toutefois être trop insistant·e, on s’entend), les parents vont peut-être réaliser que les difficultés ne sont pas passagères et que leur enfant a vraiment besoin d’aide.
Parler de difficultés langagières avec les parents, ce n’est pas toujours simple. En tant qu’enseignant·e, tu as peut-être peur de te tromper, d’inquiéter inutilement les parents ou d’aller au-delà de ton rôle.
Pourtant, les enseignant·es comme toi sont parmi les premières personnes à remarquer que quelque chose semble plus difficile pour un élève.
Et non, tu n’as pas besoin d’être orthophoniste pour observer qu’un enfant a de la difficulté à comprendre, à s’exprimer, à suivre ou à participer comme les autres jeunes de son âge. Ton rôle n’est pas de poser un diagnostic, mais plutôt de partager des observations claires, concrètes et nuancées.
Parce qu’au final, une discussion bien menée peut faire une réelle différence. Elle peut permettre aux parents de mieux comprendre leur enfant, d’aller chercher du soutien plus tôt et, parfois, d’éviter que les difficultés et leurs impacts ne s’accumulent avec le temps.
Si tu as des questions, je suis là pour toi ! 💜
Pour en savoir plus, je t’invite à t’inscrire à ma formation intitulée « Soutenir les élèves TDL en classe ». Elle est spécialement conçue pour toi, enseignant·e qui rencontre des élèves avec des difficultés langagières dans sa classe.
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Oui, l’enseignant·e a un rôle clé d’observation et de communication. Sans poser de diagnostic, tu peux partager des faits observés en classe. Aborder le sujet tôt permet d’aider l’enfant plus rapidement et de collaborer avec les parents dans un esprit de soutien.
Le doute est normal. Tu ne poses pas un diagnostic, tu partages des observations. En utilisant des faits concrets plutôt que des interprétations, tu ouvres une discussion sans étiqueter l’enfant. Cela permet aux parents d’explorer la situation sans pression.
Le déni est une réaction fréquente face à l’inquiétude. Reste calme, bienveillant et centré sur les besoins de l’enfant. Répète tes observations avec des exemples concrets et laisse du temps aux parents pour assimiler l’information. La relation de confiance est essentielle.
Privilégie des formulations neutres comme « j’observe que » ou « j’ai remarqué que ». Évite les termes diagnostiques ou alarmants. L’objectif est de décrire des situations concrètes et d’ouvrir le dialogue, sans juger ni inquiéter inutilement les parents.