
Si le mot « neurodiversité » t’intrigue, te questionne ou te laisse un peu perplexe, tu n’es vraiment pas seule. Pour plusieurs parents et intervenant·es, ça reste un concept flou. On en entend de plus en plus parler, mais on ne sait pas toujours ce que ça veut dire pour vrai, dans la vie de tous les jours.
C’est exactement pour ça que j’ai voulu en parler avec Guillaume Bertrand. Guillaume vit lui-même avec un TSA, et il pose un regard à la fois lucide, nuancé et profondément humain sur la neurodiversité. Dans notre échange, on a parlé de diagnostic, oui, mais surtout de vécu, d’adaptation, de relations et de tout ce que ça demande, concrètement, de trouver sa place quand on fonctionne autrement.
Pour rendre cet article le plus clair et concret possible, j’ai rassemblé, à partir de mon échange avec Guillaume :
Mais juste avant, je vais te présenter Guillaume Bertrand, et mieux t’expliquer ce qu’on entend par « neurodivergence ».
Guilllaume vit et travaille sur la Rive-Sud de Montréal. Il est venu au micro pour parler de son cheminement, comment il a réussi à trouver le bonheur et surtout comment il arrive à le transmettre autour de lui.
Vers l’âge de 10 ans, Guillaume a appris qu’il était atteint du spectre de l’autisme (niveau 1), anciennenment appelé « syndrome d’Asperger ».
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, pour lui, ce diagnostic n’a pas été vécu comme un choc. C’était plutôt une explication. Une façon de mettre des mots sur quelque chose qui était déjà présent, mais difficile à nommer jusque-là.
Ce qui ressort beaucoup de son récit, c’est le rôle central de sa famille. Ses parents ont observé, se sont questionnés, ont cherché à comprendre et se sont outillés. Pas dans l’objectif de le « changer », mais pour mieux l’accompagner. Et comme orthophoniste, je le vois souvent : quand l’entourage comprend le fonctionnement de l’enfant et s’adapte à ses besoins, ça peut vraiment transformer le parcours.
Avec le recul, Guillaume reconnaît aussi qu’à certains moments (surtout à l’adolescence), il s’est servi du diagnostic comme d’une forme de protection, parfois même comme une excuse pour expliquer certains comportements.
Mais graduellement, sa posture a changé. Le diagnostic est devenu un outil de compréhension plutôt qu’un frein. Une façon de mieux se connaître, de comprendre ses réactions, ses besoins, ses limites, mais aussi ses forces. Aujourd’hui, il en parle ouvertement, sans gêne, mais sans s’y réduire non plus. Le TSA fait partie de lui, sans le définir entièrement.
C’est aussi ce cheminement-là qui l’a amené, aujourd’hui, à offrir des conférences dans différents milieux scolaires, communautaires et professionnels. Son objectif n’est pas de convaincre ni de moraliser, mais d’aider les gens à mieux comprendre la neurodiversité, à réduire les malaises et à créer des espaces plus accueillants pour celles et ceux qui fonctionnent autrement.
Quand on parle de neurodivergence, on parle avant tout de façons différentes de fonctionner sur le plan neurologique. Dit simplement : le cerveau ne traite pas l’information de la même manière que ce qu’on considère comme « typique ». Et ça, ça peut toucher plusieurs sphères du quotidien : la communication, l’organisation, les relations sociales, la gestion des émotions, l’attention, le traitement sensoriel, etc.
La neurodivergence n’est pas un diagnostic en soi. C’est un terme parapluie qui englobe différentes réalités, comme le TSA, le TDAH, la dyslexie, la dyspraxie, ou encore d’autres profils cognitifs atypiques. Ce qui est important de retenir, c’est qu’on ne parle pas de quelque chose à « corriger », mais bien de fonctionnements différents, avec leurs défis et leurs forces.
Ce concept vient aussi changer le regard qu’on porte sur les personnes concernées. Au lieu de se demander uniquement « qu’est-ce qui ne fonctionne pas », on s’intéresse à comment la personne fonctionne, dans quelles conditions elle est plus à l’aise, et ce qui l’aide à s’épanouir. Et honnêtement, pour beaucoup de parents et d’intervenant·es, ça fait toute la différence.
Bon, maintenant, on embarque dans le vif du sujet !
À travers notre conversation, Guillaume a clairement certains défis qu'il a vécus (et qu'il vit toujours) en tant que personne vivant avec un TSA. Ces défis peuvent aussi s'appliquer à toute autre personne neurodivergente. Les nommer, ça permet de mieux comprendre ce qui se joue au quotidien, souvent de façon invisible, autant pour la personne concernée que pour son entourage.
Les voici !
Guillaume parle de difficultés très concrètes sur le plan moteur, surtout dans l’enfance. Tenir un crayon, comprendre comment bien s’habiller, coordonner ses gestes… Ce sont des apprentissages qui ne se sont pas faits naturellement pour lui. Ces défis demandaient beaucoup d’efforts et d’énergie, et ils étaient souvent incompris par l’entourage, parce qu’ils ne se voyaient pas toujours de l’extérieur. Même au secondaire, certains de ces enjeux étaient encore présents et pouvaient nuire au quotidien.
La gestion du temps a aussi été un défi important pour Guillaume. Il explique avoir souvent eu l’impression d’avoir beaucoup plus de temps qu’en réalité. Résultat : des retards fréquents, de la pression, et parfois de l’incompréhension face aux attentes des autres. Ce n’était pas un manque de volonté, mais bien une difficulté à estimer le temps, à anticiper les transitions et à s’ajuster au rythme imposé.
Quand plusieurs choses se passent simultanément, Guillaume explique que ça devient rapidement complexe. Par exemple, lorsqu’il y a deux activités en parallèle et que l’une est plus urgente que l’autre, il n’est pas toujours évident de comprendre laquelle prioriser. Sans indications claires, il analyse la situation, mais il peut manquer certaines informations implicites, ce qui rend l’organisation plus difficile.
Un défi central dans son parcours concerne tout ce qui n’est pas dit explicitement. Les attentes implicites, les règles sociales non verbalisées, les messages sous-entendus… Guillaume explique que ce sont des zones grises qui ont souvent créé de la confusion. Quand personne ne prend le temps de nommer les règles ou d’expliquer ce qui est attendu, la personne neurodivergente se retrouve à devoir deviner, souvent à ses dépens.
Sur le plan social, Guillaume raconte qu’il ne savait pas toujours comment ni quand entrer dans une conversation. Il donne l’exemple d’arriver devant un groupe et de parler trop rapidement, sans attendre une ouverture. Ce n’était pas par manque de respect, mais parce que les codes sociaux n’étaient pas clairs pour lui. Sans modèles ni explications explicites, il a souvent appris par essais-erreurs.
Analyser une situation sociale dans son ensemble n’était pas évident pour Guillaume, surtout sur le moment. Comprendre les intentions des autres, le contexte, ou ce qui se joue entre les personnes demandait plus de temps. Il explique qu’il pouvait saisir certaines informations, mais pas toujours l’ensemble du message, surtout quand tout allait très vite.
Guillaume parle aussi des surcharges qu’il vit, et qu’il considère comme quelque chose de très humain. Trop de stimuli, trop d’émotions, trop d’attentes en même temps peuvent mener à un débordement. Avec le temps, il a appris à reconnaître ces moments-là et à chercher quels outils pouvaient l’aider à s’adapter, plutôt que de se juger.
Même si Guillaume est à l’aise à s’exprimer en public et à interagir avec les gens, il nomme clairement que ça demande de l’énergie. Les conversations, surtout lorsqu’elles se prolongent, peuvent devenir très énergivores. Il explique avoir appris à reconnaître ses limites et à mettre fin à une interaction de façon respectueuse pour éviter l’épuisement.
Lorsqu’il est pris au dépourvu ou confronté à une situation inattendue, Guillaume explique qu’il peut avoir plus de difficulté à structurer sa pensée ou à exprimer clairement ce qu’il veut dire. Il mentionne même, avec humour, qu’il aurait parfois besoin de plus de mots, de verbes, ou de soutien pour passer du point A au point B dans son discours.
Finalement, Guillaume revient souvent sur le malaise que certaines personnes ressentent face à la différence. Ce malaise peut mener à de l’évitement, du rejet ou à un manque d’intervention. Quand personne ne joue un rôle de leader pour expliquer, encadrer ou ouvrir la discussion, ce sont souvent les personnes neurodivergentes qui portent seules ce poids-là, parfois pendant des années.
À travers son parcours, Guillaume ne fait pas que nommer des défis. Il parle aussi, très concrètement, de ce qui l’a aidé (et de ce qui aurait pu l’aider plus tôt !).
Ce ne sont pas des recettes toutes faites, mais des ajustements simples, des postures différentes, des façons d’être en relation qui font une réelle différence au quotidien. Ces pistes ne sont pas là pour corriger qui que ce soit, mais pour alléger, clarifier et rendre les environnements plus humains.
Un point revient souvent dans ce que Guillaume raconte : ce qui l’a le plus nui, ce n’est pas la complexité des situations, mais le fait qu’on s’attendait à ce qu’il devine. Dire explicitement ce qui est attendu, nommer les règles, expliquer le pourquoi des consignes… Ça enlève énormément de confusion. Pour lui, expliquer, ce n’est pas infantiliser, c’est outiller.
Quand tout semble avoir la même importance, Guillaume explique qu’il peut être difficile de savoir quoi faire en premier. Une aide concrète consiste à dire clairement : « Ça, c’est prioritaire maintenant », ou « On s’occupe de ça en premier, le reste attendra ». Ce simple guidage peut éviter beaucoup de stress et d’erreurs.
Guillaume le dit clairement : on n’est pas obligé d’accepter tout ce qu’on vit, mais on a la responsabilité de s’adapter. Adapter l’environnement, les attentes, le rythme ou la façon de faire permet d’enlever un énorme poids sur les épaules. L’adaptation devient alors un moyen de continuer à avancer, sans se renier.
Guillaume donne un exemple très concret en lien avec l’éducation physique. Il parle du ballon-chasseur, un jeu que certaines personnes (neurodivergentes ou non) n’aiment tout simplement pas. Pour lui, ne pas aimer ce jeu ne devrait pas automatiquement mener à l’exclusion ou à une évaluation négative. Je suis d’accord ! 😀
Il explique que bouger pendant 30 ou 40 minutes, même si ce n’est pas exactement de la même façon que les autres, c’est déjà une participation en soi. Observer, répondre à des questions sur un sport qu’on connaît, expliquer des règles, donner son opinion… Tout ça, ça fait aussi partie de l’apprentissage.
Ce qu’il remet en question, c’est l’idée que tout le monde doit faire la même chose, de la même façon, pour que ça « compte ». Dans sa vision, l’objectif devrait d’abord être éducatif : apprendre, comprendre, s’impliquer à sa manière. La performance physique devrait venir après, pas l’inverse.
Reconnaître ces façons différentes de participer permet non seulement de garder la personne incluse, mais aussi de valoriser ses forces, plutôt que de la mettre de côté parce qu’elle ne correspond pas au modèle attendu.
Guillaume explique qu’il aurait eu besoin qu’on lui montre, concrètement, comment entrer dans une conversation : quand attendre, quand parler, comment observer une ouverture. Pas en le corrigeant après coup, mais en lui donnant des repères clairs à l’avance. Ces codes-là ne sont pas innés pour tout le monde, mais ils peuvent s’apprendre.
Dans plusieurs interventions qu’il a vécues, Guillaume a senti que l’erreur venait toujours de lui. Par contre, il rappelle que parfois, son interprétation d’une situation était juste. Valider cette possibilité-là permet de renforcer la confiance, plutôt que de constamment remettre en question le jugement de la personne.
Un scénario social, c’est essentiellement une mise en situation. On décrit une situation qui pourrait arriver (ex. entrer dans une conversation, répondre à un commentaire maladroit ou gérer un désaccord), puis on prend le temps d’explorer ce que l’autre personne voulait peut-être dire, ce qui est sous-entendu, et quelles réponses seraient possibles. L’objectif, à la base, c’est de se préparer à la vraie vie.
Dans le vécu de Guillaume, ce type d’outil a souvent été utilisé de façon trop rigide. On lui présentait une situation avec une seule « bonne » réponse attendue, comme un script à apprendre par cœur. Le problème, c’est que ça ne laissait pas de place à sa personnalité, à ses forces verbales ni à sa façon bien à lui d’entrer en relation.
Pour Guillaume, un scénario social devrait plutôt servir à réfléchir ensemble. Utilisé de cette façon, l’outil devient beaucoup plus aidant, parce qu’il soutient la compréhension sans effacer l’identité de la personne.
Guillaume parle aussi beaucoup de l’importance de reconnaître quand c’est assez.
De son côté, il a appris à dire « J’ai aimé parler avec toi, mais je dois partir », puis reprendre la conversation plus tard.
Mettre fin à une interaction de façon claire et respectueuse, ça permet d’éviter l’épuisement et les malaises non dits.
Guillaume explique qu’on met souvent beaucoup d’énergie à aider les autres à ne pas être mal à l’aise face à la différence. Et, d’un autre côté, on demande à la personne neurodivergente d’ignorer, de passer par-dessus, de ne pas réagir.
Mais pourquoi ne pas aussi outiller directement la personne concernée pour qu’elle sache quoi répondre ?
Il donne des exemples très concrets de commentaires blessants ou dénigrants qu’une personne peut recevoir : des remarques sur ses capacités physiques, son rythme, sa façon d’être. Dans ces situations-là, on intervient souvent pour calmer, rassurer ou détourner l’attention. Ce que Guillaume aurait aimé, c’est qu’on lui donne des mots. Des phrases possibles. Des façons de répondre qui respectent ses valeurs, sans l’obliger à se taire ni à exploser.
Pour lui, apprendre à répondre, ça ne veut pas dire qu’on devient confrontant ou agressif. C’est apprendre à se positionner. À dire : « oui, ça me touche », ou « je ne suis pas d’accord », ou encore « je peux t’expliquer comment moi je fonctionne ». Quand la personne neurodivergente a accès à ce type d’outils, elle reprend du pouvoir dans la relation, au lieu de toujours porter le poids du malaise des autres.
Un message central de Guillaume, c’est que le travail ne devrait pas reposer uniquement sur la personne neurodivergente.
Les pairs, les intervenantes, les parents ont un rôle clé à jouer pour expliquer la différence, modéliser l’ouverture et réduire les malaises. L’inclusion devient alors une responsabilité partagée, et non un fardeau individuel.
Ce que cette conversation avec Guillaume m’a rappelé, c’est que la neurodivergence ne se résume ni à un diagnostic, ni à une liste de défis.
Nommer les défis, comme on l’a fait ici, ce n’est pas pointer ce qui « ne fonctionne pas ». C’est rendre visibles des réalités souvent invisibles. Et quand on comprend mieux, on change naturellement de posture. On devient moins dans l’attente rigide, et plus dans l’observation, l’écoute et l’ajustement.
Ce que Guillaume montre aussi, à travers son parcours, c’est que le poids ne devrait jamais reposer uniquement sur la personne neurodivergente. L’environnement et les pairs ont un rôle énorme à jouer. Expliquer, nommer, rendre les règles claires, offrir des options, reconnaître l’énergie que ça demande… Tout ça, ça fait une différence bien réelle.
Comme parent, éducatrice ou intervenante, tu n’as pas besoin d’avoir toutes les réponses. Tu n’as pas besoin de tout faire parfaitement. Ce qui compte, c’est d’être dans une posture ouverte, curieuse et humaine.
Rappelle-toi que derrière chaque mot, chaque diagnostic et chaque défi, il y a une personne qui essaie, qui apprend, et qui mérite qu’on lui fasse une vraie place. 💜
Tu veux inviter Guillaume à participer à une conférence ? Tu peux lui écrire par courriel : bergui@msn.com !
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La neurodiversité désigne la variation naturelle du fonctionnement neurologique chez les êtres humains. Elle englobe des profils comme l’autisme, le TDAH, la dyslexie, etc.
Les défis peuvent varier selon les profils, mais concernent souvent la communication sociale, la gestion sensorielle, l'organisation, ou les interactions en groupe. Par exemple, certaines personnes peuvent avoir de la difficulté à interpréter les messages implicites, à gérer des environnements bruyants ou à adapter leur communication selon le contexte.
Une meilleure compréhension permet de réduire les malaises, les stigmatisations et les exclusions sociales. De nombreuses personnes neurodivergentes sont compétentes, créatives et résilientes, mais peuvent être mal comprises ou mal accompagnées. Une approche inclusive favorise l’épanouissement personnel et l’enrichissement collectif, autant en milieu scolaire que professionnel.
L’inclusion passe par des aménagements simples et humains : offrir de la flexibilité, clarifier les attentes, éviter les jugements rapides, créer un environnement bienveillant. Il est aussi essentiel de considérer les besoins spécifiques et de valoriser les forces de chaque personne, plutôt que de se concentrer uniquement sur les écarts par rapport à la norme.