
Ton coco a un TDL. Ses défis avec les mots, tu les connais par cœur.
Mais t'as comme un petit feeling que ça accroche ailleurs aussi.
Il décroche au bout de deux minutes. Il oublie la moitié des consignes en chemin. Et quand quelque chose ne marche pas, ça part en peur.
On a tendance à tout mettre sur le dos du langage. « Il comprend moins bien, c'est normal qu'il soit moins attentif. » Ou plus frustré.
Est-ce que c'est vrai ? En partie, oui.
Mais juste en partie.
J'en ai jasé avec Dave Ellemberg, neuropsychologue et professeur à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique de l'Université de Montréal. Ça fait plus de 25 ans qu'il évalue des jeunes avec un TDL.
Pendant longtemps, on a défini le TDL comme un trouble qui touche les régions du cerveau responsables du langage. Point. C'est encore ce qu'on lit dans la plupart des définitions. Et c'est logique que nos interventions aient suivi : on travaille le langage, le langage, le langage.
Le hic ? Le cerveau, ce n'est pas des petites boîtes bien découpées. Dans le TDL, l'atteinte est souvent frontale, plus large, et elle touche d'autres circuits. Qui sont tous connectés entre eux, évidemment.
Fait que oui, certaines difficultés découlent du langage. Si tu ne comprends pas bien ce qu'on te dit, c'est sûr que tu vas décrocher plus vite.
Mais d'autres difficultés existent en parallèle. Elles ne sont pas juste une conséquence. Elles sont là, point.
Si on ramène tout aux mots, on passe à côté d'une partie des besoins du jeune. En voici 4.
En neuropsychologie, il existe des tâches où le langage ne joue presque aucun rôle. Une étoile apparaît à l'écran ? Tu appuies. Un cercle ? Tu appuies. Un carré jaune ? Non ! On pratique, et le jeune réussit (il a compris la consigne). Et là, la vraie tâche part pour une quinzaine de minutes.
Le verdict ?
Les jeunes avec un TDL ont souvent des résultats plus faibles qu'un jeune qui a seulement un TDAH. Oui, oui. Plus faibles. Et des études vont dans le même sens.
L'explication est assez logique. Une partie des circuits de l'attention se trouve dans les mêmes régions frontales que celles touchées par le TDL. L'attention, ce n'est donc pas juste un effet secondaire du langage.
Pour nous, les intervenant·es, ça veut dire une chose : on en tient compte. Et on peut même la travailler en parallèle ! Ça n'appartient à aucun professionnel en particulier. Les orthopédagogues sont super bonnes là-dedans avec leurs stratégies métacognitives, mais plein d'orthophonistes le font aussi.
L'attention, on ne peut pas vraiment en parler sans parler des fonctions exécutives. Selon les modèles récents, les difficultés d'attention en découleraient. Et on parle de trois piliers.
La flexibilité : c'est ta capacité à t'ajuster en cours de route. Tu fais une tâche, tu réalises que ça ne marche pas, tu changes de stratégie. Facile à dire !
L'inhibition : c'est ton frein. Freiner une réponse automatique, résister à la distraction, rester sur la tâche.
La mémoire de travail : c'est garder l'info en tête et jongler avec. « Prends ton cahier, ouvre-le à telle page, va à telle section, fais tel exercice. » Ça, c'est quatre consignes à garder ET à exécuter dans l'ordre. Pour un jeune avec un TDL, ça peut être une montagne.
Encore là, on pourrait se dire : « Ben voyons, c'est parce qu'il ne comprend pas la consigne ! » Mais quand on évalue les fonctions exécutives en limitant le plus possible le rôle du langage (avec des images, par exemple), une grande proportion de jeunes avec un TDL ont quand même des difficultés. Et ça se répercute partout : planifier, prendre une décision, résoudre un problème, s'organiser.
Concrètement, on peut alléger. Comme intervenante (et même comme maman), je vais parfois prendre une partie de la charge : « Toi, tu te concentres sur ce petit bout-là. Moi, je m'occupe du reste. » Et non, ce n'est pas une béquille. Dave le dit lui-même : c'est brillant. On peut aussi travailler les fonctions exécutives dans les jeux et les activités du quotidien. Pas besoin que ça soit toujours planifié, assis à la table.
Pour en savoir plus sur les fonctions exécutives, tu peux consulter les épisodes 28 et 46.
Celle-là, je trouve qu'on n'en parle pas assez.
Depuis le début de sa pratique, Dave remarque que la plupart des jeunes avec un TDL qu'il évalue ont aussi un trouble développemental de la coordination. Des jeunes avec un trouble de la coordination sans TDL ? Ça existe. Un TDL sans difficultés de coordination ? C'est plus rare.
À l'école, ça paraît : tenir son crayon, écrire, former ses lettres. Un obstacle de plus pour un jeune qui a déjà du mal à mettre ses idées en mots.
Mais Dave est aussi prof en kinésiologie, et lui, il pense à autre chose. Au cours d'éduc. À la récré. Aux jeux avec les amis. Comprendre les règles, se situer dans l'espace, suivre le groupe. C'est là que se construisent le sentiment d'appartenance, la curiosité et l'estime de soi.
Fait qu'on invite l'ergothérapeute dans l'équipe, et la motricité dans le plan d'intervention. Les deux ont leur place.
Au début des années 2000, Dave recevait souvent des parents qui consultaient pour le comportement. La mèche courte. La colère. Parfois des coups.
Et à l'évaluation, il découvrait un jeune qui avait du mal à trouver ses mots et à organiser ses idées pour dire ce qu'il pensait et ressentait.
Le plus surprenant ? Souvent, les parents ne parlaient même pas du langage. Pas parce qu'ils ne voient rien, mais parce qu'en face à face, on compense énormément sans s'en rendre compte.
Les mots comptent, c'est sûr. Plus tu connais de mots pour nommer ce que tu ressens, plus c'est facile de te réguler. Imagine une ado de 15 ans avec un TDL. La honte, la culpabilité, la colère : pour elle, tout ça peut se mélanger, même si toutes ces émotions sont différentes.
Mais il n'y a pas que les mots. Les circuits frontaux impliqués dans les émotions peuvent aussi être touchés. Dave fait une distinction que j'adore.
La réactivité, c'est passer de 0 à 100 en trois secondes. Bang !
La régulation, c'est être capable de revenir à son état de base.
Certains jeunes partent vite, mais se ramènent bien. D'autres ont de la difficulté avec les deux.
La bonne nouvelle ? Des stratégies pour mieux se réguler, ça s'enseigne. Et les psychoéducatrices sont super bonnes là-dedans.
Parce que soyons honnêtes : tu peux avoir la meilleure orthophoniste au monde, si personne ne touche aux fonctions exécutives, à la coordination et aux émotions, l'intervention va frapper un mur. Ce qu'il faut, ce sont des intervenant·es qui se parlent et qui travaillent vraiment ensemble.
J'ai posé à Dave LA question que je me pose souvent devant un profil complexe. TDL, trouble de la coordination, difficultés exécutives : est-ce qu'on est en train de coller quatre étiquettes à un jeune qui, finalement, est un tout ?
Sa réponse : pour l'instant, les critères diagnostiques reconnus traitent ces troubles séparément. Certains chercheurs proposent d'autres façons de les regrouper, mais on n'en est pas là. Donc oui, un même jeune peut repartir avec plusieurs diagnostics.
Pour les parents, ça fesse. Dave s'est déjà fait dire : « Wow, mon petit a eu le jackpot. »
Je comprends. C'est lourd.
Mais ces mots-là ont leur utilité. Ils servent à orienter les services, à se parler entre professionnel·les, à coordonner l'aide. Les enseignant·es les connaissent et savent de mieux en mieux comment intervenir. Et surtout, ils ne définissent pas le jeune.
C'est ce que je dis toujours aux parents : c'est le même enfant qu'hier. On a juste des mots, maintenant, pour comprendre plus vite ce qui se passe et comment l'accompagner.
Mais soyons réalistes. Quand les services ne sont pas offerts au public, consulter, ça devient vite gros. Et la question arrive : je vais voir qui en premier ?
Dave est clair : l'orthophoniste, l'ergothérapeute, l'orthopédagogue et la psychoéducatrice en même temps, c'est non. Financièrement, déjà, ça n'a pas de sens pour la plupart des familles. Mais même quand une famille en a les moyens, le jeune, lui ? Il va exploser. Il a déjà l'école et les devoirs !
Fait qu'on priorise.
Parfois, on commence par des stratégies à la maison et par la psychoéducation, même avant l'orthophonie. Quand les émotions prennent toute la place, le reste n'aura pas beaucoup d'impact de toute façon.
Parfois, c'est l'inverse. L'orthophonie d'abord, parce que plus de vocabulaire et des idées mieux structurées, ça va aider tout le reste.
On peut aussi jouer avec le calendrier. Orthophonie et orthopédagogie pendant l'année scolaire. Ergothérapie et psychoéducation par le jeu l'été.
Et des fois ? Il faut juste lâcher un peu. Quand une année va vraiment mal, une pause et une passion en dehors de l'école (le sport, les arts, n'importe quoi qui fait vibrer le jeune) peuvent faire tellement de bien à l'estime de soi.
Si tu ne devais retenir qu'une chose : le TDL ne se limite pas aux mots. L'attention, les fonctions exécutives, la coordination et les émotions peuvent être touchées en parallèle.
Et ça change notre regard.
Est-ce qu'il est têtu ? Est-ce qu'il fait exprès ?
Non.
Tu lui as montré dix fois comment organiser son sac d'école. Il revient quand même sans son cahier, avec la feuille à signer toute écrasée au fond du sac. Et toi, tu as un peu honte de la remettre à l'enseignante. Je te comprends ! Mais ça aussi, ce sont les fonctions exécutives.
C'est normal de perdre patience, des fois. On est humains. Mais un peu de bienveillance, ça aide. On peut en laisser passer un peu. C'est correct.
Et pour nous, les intervenant·es, le message est clair : on se parle, on travaille ensemble, et on garde le bien-être du jeune au cœur de tout ce qu'on fait. 💜
Viens me retrouver sur…
Envie d’aller plus loin avec Dave ? Va le suivre sur Instagram : https://www.instagram.com/dr.dave.neuropsy/. Il y explique le cerveau, le TDAH, l’autisme et les troubles neurodéveloppementaux de façon super accessible. Et garde l’œil ouvert : son nouveau podcast sur le cerveau s’en vient !
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Non. Le langage est au cœur du trouble développemental du langage, mais l'atteinte au cerveau est généralement plus large qu'une seule zone. On observe souvent des défis d'attention, de fonctions exécutives, de motricité fine et de régulation des émotions. Ces difficultés ne sont pas seulement des conséquences du trouble de langage : elles peuvent exister en parallèle. C'est pourquoi l'intervention doit tenir compte du jeune dans son ensemble, pas uniquement de ses mots.
Les fonctions exécutives regroupent la flexibilité, l'inhibition et la mémoire de travail. Quand on les évalue en réduisant le plus possible l'impact du langage, une grande proportion de jeunes avec un TDL présentent quand même des difficultés. Ça peut se voir dans la planification, la prise de décision, l'organisation ou la difficulté à appliquer ailleurs ce qui a été pratiqué en séance. Si on attribue tout au langage, on risque de passer à côté de ces besoins.
Oui, et c'est fréquent. On voit des jeunes avec un trouble développemental de la coordination sans TDL, mais un TDL sans difficultés de coordination, c'est plus rare. Ça peut toucher la tenue du crayon, l'écriture, la planification des mouvements, mais aussi les jeux à la récréation et les cours d'éducation physique. Ces difficultés ont un impact sur l'estime de soi et le sentiment d'appartenance, d'où l'importance d'impliquer l'ergothérapeute.
Voir tous les professionnels en même temps est rarement réaliste, financièrement comme pour l'enfant lui-même. On commence par ce qui est le plus urgent en ce moment : parfois la gestion des émotions, parfois l'orthophonie pour donner des mots et structurer les idées. On peut aussi répartir dans l'année, par exemple orthophonie et orthopédagogie pendant l'école, puis ergothérapie et psychoéducation par le jeu l'été. L'idéal reste que les intervenants se parlent et travaillent ensemble autour du jeune.