
Tu as peut-être déjà remarqué que ton enfant garde souvent la bouche ouverte. Ou encore qu'il respire plus par la bouche que par le nez, qu'il a longtemps utilisé une suce ou qu'il suce encore son pouce. Sur le coup, ça peut sembler anodin. Pourtant, ces habitudes peuvent avoir beaucoup plus d'impacts qu'on l'imagine. 😯
Pour démystifier ce sujet encore méconnu, j'ai eu le plaisir de discuter avec Karine Van Chesteing, orthophoniste spécialisée en troubles myofonctionnels orofaciaux (TOM) et fondatrice de la clinique TomPouce ainsi que des formations TomPouces. Ensemble, on a exploré ce que sont les TOM, pourquoi ils sont beaucoup plus fréquents qu'on le croit et surtout, comment de petits gestes posés tôt peuvent faire une énorme différence.
Si tu t'es déjà demandé pourquoi ton enfant garde la bouche ouverte ou si tu veux simplement mieux comprendre le développement de sa sphère orale, tu es au bon endroit. 😊
Si ton enfant garde souvent la bouche ouverte, respire principalement par la bouche ou laisse sa langue basse au repos, tu te demandes peut-être si c'est simplement une habitude... Ou si tu devrais t’inquiéter.
En réalité, ces signes peuvent parfois faire partie d'un trouble myofonctionnel orofacial (TOM). C'est un terme qu'on entend encore très peu, mais qui désigne un ensemble de difficultés touchant les muscles et les fonctions de la bouche et du visage.
Le mot « TOM » est l'acronyme de « trouble myofonctionnel orofacial ». Dit comme ça, ça peut sembler très technique, mais le principe est finalement assez simple.
« Orofacial » fait référence à la bouche et au visage. « Myofonctionnel » parle des muscles et de leur fonctionnement. On s'intéresse donc à toute la musculature qui permet à un enfant de respirer, manger, avaler et parler.
Ce qui est fascinant, c'est que toutes ces fonctions travaillent ensemble. Elles utilisent les mêmes muscles et s'influencent mutuellement. Quand une fonction est perturbée, les autres peuvent rapidement l'être aussi.
Pour illustrer cette idée, Karine utilise une image que je trouve particulièrement parlante : celle d'une pyramide.
À la base se trouve la respiration nasale. Lorsqu'un enfant respire bien par le nez, il garde naturellement les lèvres fermées et sa langue repose contre le palais. Cette posture favorise ensuite le bon développement des différentes fonctions de la bouche.
À l'inverse, si un enfant respire principalement par la bouche, ses lèvres restent ouvertes et sa langue descend naturellement dans le fond de la bouche plutôt que de reposer contre le palais.
C'est pourquoi, lorsqu'on parle des TOM, on ne s'intéresse pas seulement à la parole ou à la prononciation. On regarde l'ensemble du fonctionnement de la sphère orale : la respiration, la posture de la langue, la mastication, la déglutition et le développement de la bouche.
Maintenant qu'on comprend mieux ce qu'est un TOM, une question se pose naturellement : pourquoi est-ce qu'on accorde autant d'importance à une bouche ouverte ou à une langue basse?
On pourrait croire qu'il s'agit d'un problème plutôt rare, mais ce n'est pas le cas. Selon les données actuelles, environ 38 % de la population présenterait un trouble myofonctionnel orofacial. C'est plus d'une personne sur trois. Ce n'est donc pas une réalité exceptionnelle, bien au contraire. 😅
Mais est-ce vraiment si préoccupant?
La réponse est que ça dépend surtout de la fréquence et de la durée. Lorsqu'une bouche reste ouverte de façon occasionnelle (par exemple pendant un rhume), il n'y a généralement pas lieu de s'inquiéter. Mais lorsqu'un enfant respire principalement par la bouche ou garde une langue basse au repos pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, ça peut influencer son développement de différentes façons.
Le premier impact touche souvent la croissance de la bouche et des dents.
La langue joue un rôle beaucoup plus important qu'on pourrait le croire. Lorsqu'elle repose naturellement contre le palais, elle exerce une légère pression qui favorise le développement harmonieux du maxillaire (la mâchoire du haut). Karine compare d'ailleurs la langue à un « appareil d'expansion naturel ». Jour après jour, elle contribue à élargir le palais et à guider la croissance de la mâchoire.
Mais lorsqu'un enfant garde une langue basse parce qu'il respire par la bouche, ce soutien naturel disparaît.
Le palais peut alors demeurer plus étroit, les dents peuvent manquer d'espace et certaines malocclusions peuvent apparaître. Par exemple, on peut observer une béance (un espace entre les dents du haut et du bas lorsque la bouche est fermée) ou encore des dents plus avancées vers l'avant. Ces situations peuvent éventuellement nécessiter des traitements orthodontiques.
Les conséquences ne s'arrêtent pas là.
La position de la langue influence aussi la façon dont un enfant mastique, avale et parle. Certains conservent une déglutition plus immature, un peu comme lorsqu'ils buvaient encore au biberon. D'autres utilisent davantage leur langue que leurs mâchoires pour mastiquer ou présentent des difficultés à produire certains sons parce que leur langue n'adopte pas facilement la bonne position.
Mais ce qui surprend souvent le plus les parents, c'est le lien avec le sommeil.
Une respiration buccale chronique peut être associée à des troubles respiratoires du sommeil, comme l'apnée du sommeil chez certains enfants. Un sommeil moins réparateur peut ensuite avoir des répercussions sur l'attention, le comportement, les apprentissages et le développement global.
Après plusieurs années à accompagner des enfants présentant un TOM, Karine a commencé à faire un constat qui l'a profondément marquée.
En rencontrant certains clients, elle s’est souvent dit :
« Tout ça aurait pu être évité si quelqu'un était intervenu avant l'âge de 3 ou 4 ans. »
Au fil des années, elle a rencontré de nombreux enfants et adolescents qui arrivaient en orthophonie après avoir déjà développé des conséquences importantes. Certains étaient référés par leur dentiste ou leur orthodontiste parce que leur palais était trop étroit ou que leurs dents avaient besoin d'être réalignées.
Un jeune de 18 ans l'a particulièrement marquée.
Après avoir porté un appareil orthodontique pendant plusieurs années à l'adolescence, ses dents avaient repris leur position initiale. Pourquoi ? Parce que la cause du problème n'avait jamais été corrigée. Sa respiration buccale persistait, sa langue demeurait basse au repos et les forces exercées dans sa bouche continuaient d'influencer la position de ses dents.
Cette fois, une nouvelle orthodontie ne suffisait plus. Comme sa croissance était terminée, on lui parlait maintenant d'une chirurgie maxillo faciale pour corriger le développement de son palais.
C'est à ce moment que Karine s'est posé une question toute simple : et si on avait pu intervenir plusieurs années plus tôt ?
C'est ce qui l'a amenée à orienter une grande partie de sa pratique vers la prévention. Parce qu'avant l'âge de 4 ans, environ 60 % de la croissance du maxillaire est déjà complétée. Plus on agit tôt sur les habitudes qui influencent le développement de la bouche (comme la respiration buccale, la succion du pouce ou l'utilisation prolongée de la suce), plus on peut accompagner la croissance naturelle plutôt que d'avoir à corriger les conséquences plus tard.
Même si certains facteurs échappent à notre contrôle, plusieurs habitudes du quotidien peuvent favoriser un développement harmonieux de la sphère orale. L'objectif n'est pas de viser la perfection, mais plutôt de savoir où porter son attention et d'intervenir lorsque c'est nécessaire.
La suce peut être une excellente alliée pendant les premiers mois de vie. Elle contribue à apaiser certains bébés, présente plusieurs bénéfices chez les nourrissons et peut même réduire le risque de mort subite du nourrisson.
Mais à partir d'environ 10 mois, Karine explique que les bénéfices commencent généralement à diminuer alors que les conséquences potentielles prennent davantage de place.
C'est pourquoi elle recommande de commencer à préparer tranquillement le retrait de la suce dès les premiers mois, plutôt que d'attendre qu'elle soit devenue une habitude très bien ancrée. Plus la transition est amorcée tôt, plus elle est souvent simple, autant pour les parents que pour l'enfant.
La suce n'est pas la seule habitude à surveiller.
La succion du pouce ainsi que l'utilisation prolongée du biberon peuvent également influencer le développement de la sphère orale lorsqu'elles persistent au-delà de l'âge où elles sont habituellement nécessaires.
Encore une fois, l'objectif n'est pas de retirer ces habitudes du jour au lendemain, mais de s’en départir progressivement avec bienveillance en respectant le rythme de l'enfant.
L'un des conseils les plus simples partagés par Karine est aussi l'un des plus importants : prendre soin du nez.
Un enfant souvent congestionné finit parfois par développer l'habitude de respirer par la bouche, même lorsque son nez redevient dégagé. C'est pourquoi elle encourage les parents à favoriser une bonne hygiène nasale, à apprendre progressivement à leur enfant à bien se moucher et à consulter lorsqu'ils ont l'impression que la respiration par le nez demeure difficile malgré tout.
Ce sont de petits gestes, mais répétés chaque jour, ils peuvent contribuer à prévenir bien des difficultés plus tard.
Même si plusieurs habitudes peuvent être modifiées à la maison, il arrive que l'accompagnement d'un·e professionnel·le soit nécessaire. Le plus important, c'est de ne pas attendre que les difficultés deviennent importantes avant de demander de l'aide.
Si tu remarques que ton enfant garde souvent la bouche ouverte, respire principalement par la bouche, présente des difficultés persistantes avec la suce ou le pouce, ou encore que tu t'inquiètes de la position de sa langue ou du développement de sa bouche, ça peut être pertinent d'en discuter avec une orthophoniste formée en TOM.
Une évaluation permet de comprendre ce qui se passe réellement. Est-ce que ton enfant est incapable de respirer par le nez ? Est-ce qu'il le peut, mais qu'il a simplement développé une habitude de respiration buccale ? Est-ce que certaines habitudes orales nuisent encore à son développement ? Toutes ces questions méritent d'être évaluées avant de mettre en place des stratégies.
Mais la bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas toujours nécessaire d'attendre d'avoir besoin d'une évaluation pour agir. C'est justement ce qui a motivé Karine à développer la Clinique Tom Pousse ainsi que les Formations TOM Pouce.
Son objectif est simple : rendre la prévention accessible au plus grand nombre. Au fil des années, elle a réalisé que beaucoup de situations auraient pu être évitées si les parents et les professionnel·le·s avaient eu accès plus tôt aux bonnes informations.
Aujourd'hui, elle offre des formations destinées aux parents qui souhaitent mieux comprendre les TOM et mettre en place des stratégies de prévention dans le quotidien. Elle accompagne également les éducatrices, les équipes des services de garde, les cliniques dentaires et les professionnel·les qui désirent développer leurs connaissances afin de mieux dépister ces difficultés et intervenir plus rapidement.
Parce qu'au fond, la prévention ne repose pas uniquement sur les orthophonistes. Plus les personnes qui gravitent autour des jeunes connaissent les signes à surveiller, plus il devient possible d'agir tôt et d'éviter que certaines difficultés s'installent durablement.
La façon dont un enfant respire, la position de sa langue au repos ou encore certaines habitudes comme la suce ou le pouce peuvent influencer le développement de sa bouche pendant plusieurs années. Heureusement, il est souvent possible d'agir tôt, avec de petits gestes simples qui s'intègrent facilement au quotidien.
L'objectif n'est pas de s'inquiéter au moindre signe ni de culpabiliser si ton enfant a utilisé une suce ou respire parfois par la bouche. Tous les enfants traversent des périodes où ils sont congestionnés ou développent certaines habitudes. Ce qui compte, c'est de savoir quoi observer et de demander de l'aide lorsqu'une situation persiste ou soulève des questions.
Comme on l'a vu tout au long de cet épisode, la prévention est un véritable travail d'équipe. Parents, éducatrices, dentistes, médecins et orthophonistes ont tous un rôle à jouer pour repérer les signes précocement et accompagner les enfants lorsque c'est nécessaire.
Si cette lecture t'a permis de mieux comprendre les TOM ou t'a fait penser à ton enfant, je t'encourage à poursuivre tes recherches et à ne pas hésiter à consulter un·e orthophoniste formé·e en troubles myofonctionnels orofaciaux si tu as des inquiétudes. Mieux vaut poser une question trop tôt que de passer à côté d'une occasion d'agir. 😊
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Un trouble orofacial myofonctionnel (TOM) est un déséquilibre des muscles et des fonctions de la sphère oro-faciale. Il touche notamment la respiration, la mastication, la déglutition et la parole. Un TOM est souvent associé à une mauvaise posture de la langue, une respiration buccale et des habitudes orales qui peuvent influencer le développement du visage et de la bouche.
La prévention des TOM est essentielle, car une grande partie de la croissance du maxillaire se réalise avant l'âge de 4 ans. Intervenir tôt permet de favoriser une respiration nasale, une bonne posture de la langue et un développement adéquat de la bouche. Une prise en charge précoce peut contribuer à réduire le risque de traitements orthodontiques plus complexes à l'adolescence ou à l'âge adulte.
Parmi les signes observés, on retrouve une respiration buccale, une bouche souvent ouverte au repos, une langue qui reste en position basse, des difficultés de mastication ou de déglutition ainsi que certaines difficultés de prononciation. Ces indices peuvent justifier une évaluation par une orthophoniste spécialisée en TOM.
Un TOM peut avoir des répercussions sur le développement des mâchoires, l'alignement des dents, la mastication, la déglutition et la parole. Il peut également être associé à des troubles respiratoires du sommeil, des difficultés d'apprentissage ou encore des troubles du comportement liés à un sommeil de moins bonne qualité. Une intervention précoce vise justement à limiter ces conséquences.