Épisode 102

Comment parler de genre aux enfants - avec Jowi Harvey

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Lorianne Lacerte - Icône - Apple podcastÉcoutez sur Spotify

Quand on pense au développement des enfants, on parle souvent de langage, d’émotions, de comportements ou d’apprentissages. Mais il y a aussi tout un pan de leur compréhension du monde qu’on oublie parfois d’aborder plus consciemment : le genre.

Pour plusieurs adultes, ce sujet peut rapidement devenir délicat. On veut bien faire. On veut être respectueux·se. Mais on peut aussi avoir peur de se tromper, de dire la mauvaise chose ou simplement manquer de repères.

C’est justement pourquoi j’ai eu envie d’ouvrir cette discussion.

Avec Jowi Harvey, qui est iel-même une personne agenre, j’explore comment parler de genre avec les enfants de façon plus réfléchie, comment mieux comprendre certains termes souvent confondus, mais aussi comment les parents, intervenant·es et professionnel·les peuvent adapter leur posture pour créer des échanges plus respectueux.

L’expérience malaisante de Jowi

Comme parent, Jowi a été confronté·e à plusieurs situations inconfortables lors de suivis professionnels avec son enfant, notamment en orthophonie. Des moments qui, pris isolément, pouvaient sembler anodins ou simplement maladroits, mais qui révélaient surtout un manque de compréhension plus large autour des réalités liées au genre.

Par exemple, malgré des explications claires concernant les pronoms à utiliser, certaines interactions demeuraient invalidantes ou créaient de la confusion, autant pour Jowi que pour son enfant.

Dans d’autres situations, des exercices ou interventions reposaient sur des conceptions très binaires, comme corriger automatiquement l’identification de personnages selon leur apparence ou leurs vêtements.

Ce genre de moment peut rapidement devenir inconfortable. Non seulement pour le parent qui constate le malaise, mais aussi pour l’enfant, qui tente simplement de comprendre le monde avec les repères qu’il développe.

Ce que l’expérience de Jowi met en lumière, c’est que plusieurs professionnel·les souhaitent probablement bien faire, mais peuvent manquer d’outils, de formation ou simplement de réflexion sur ces enjeux. Et c’est souvent là que les maladresses apparaissent.

Sans nécessairement être intentionnelles, elles peuvent tout de même avoir un impact réel sur le sentiment de sécurité, de respect et d’inclusion vécu par les familles.

Pourquoi parler de genre avec les enfants ?

Le genre peut sembler, pour plusieurs adultes, comme un sujet qu’on abordera plus tard. Pourtant, dans la réalité, les enfants y sont confronté·es très tôt, souvent bien avant qu’on réalise à quel point ces notions font déjà partie de leur quotidien.

À travers les vêtements, les jouets, les personnages dans les livres, les films, les commentaires entendus à l’école ou même certaines interventions bien intentionnées, les enfants commencent rapidement à observer des différences et des attentes sociales.

Autrement dit, même si on ne parle pas directement de genre, les enfants reçoivent déjà une multitude de messages à ce sujet.

Pour les parents comme pour les intervenant·es, ouvrir le dialogue permet donc surtout de mieux comprendre comment l’enfant perçoit ce qui l’entoure.

Parler de genre avec les enfants, ce n’est donc pas imposer une vision particulière. C’est plutôt reconnaître qu’ils développent déjà des représentations, puis les accompagner avec des outils adaptés, des discussions respectueuses et une meilleure compréhension du monde qui les entoure.

Et comme dans plusieurs autres sphères du développement, plus on est outillé comme adulte, plus on peut intervenir avec confiance et sensibilité.

Définition des termes parfois confondus

Avant d’aller plus loin, c’est essentiel de clarifier certains termes qui sont souvent mélangés ou mal compris.

Le sexe biologique

Le sexe biologique correspond généralement aux caractéristiques physiques observées à la naissance.

À noter : un faible pourcentage d’enfants naissent avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas strictement aux catégories masculines ou féminines typiques, incluant parfois des variations génitales, hormonales ou chromosomiques.

Le genre

Le genre réfère davantage aux rôles, attentes, normes et catégories sociales associées à différentes identités dans une culture donnée.

Autrement dit, il s’agit moins de caractéristiques physiques que de constructions sociales influencées par l’environnement.

Les attentes envers ce qui est considéré comme « masculin » ou « féminin » peuvent donc varier selon les époques, les cultures et les contextes.

L’identité de genre

L’identité de genre correspond à la façon dont une personne se perçoit intérieurement.

L’expression de genre

L’expression de genre correspond à la manière dont une personne exprime son identité à travers son apparence, ses vêtements, sa coiffure, ses comportements ou d’autres éléments extérieurs.

Toutefois, on ne peut pas toujours déduire l’identité d’une personne uniquement à partir de son apparence.

L’orientation sexuelle ou romantique

L’orientation sexuelle ou romantique réfère à l’attirance affective, romantique ou sexuelle envers d’autres personnes.

Cette notion est distincte de l’identité de genre, même si les deux dimensions sont parfois confondues.

Les personnes cisgenres

Les personnes cisgenres s’identifient généralement au genre qui leur a été assigné à la naissance.

Les personnes transgenres

Les personnes transgenres ne s’identifient pas, ou pas complètement, au genre qui leur a été assigné à la naissance.

La non-binarité

La non-binarité regroupe différentes réalités où l’identité de genre ne se limite pas exclusivement aux catégories homme ou femme.

Les personnes agenres

Les personnes agenres ne s’identifient à aucun genre en particulier.

Pour certaines personnes, cela signifie l’absence d’appartenance aux catégories traditionnelles de genre, tandis que pour d’autres, c’est plus nuancé et fluide.

Concrètement, comment aborder le genre avec les enfants ?

Que l’on soit parent ou intervenant·e, aborder le genre avec les enfants peut parfois sembler délicat.

On veut souvent bien faire, répondre avec respect et ouverture, mais sans toujours savoir quoi dire, comment réagir ou quelle posture adopter.

Voici quelques suggestions de Jowi.

En tant que parent

Les enfants observent énormément leur environnement et posent parfois des questions très directes. Plutôt que d’éviter le sujet ou de craindre de mal répondre, il peut être aidant d’accueillir leurs questionnements avec calme.

Répondre avec des explications adaptées à leur âge, valider leurs réflexions et reconnaître que certaines réalités peuvent être variées permet souvent de soutenir leur compréhension sans dramatiser.

En tant qu'intervenant·e

En contexte professionnel, certaines adaptations peuvent aussi faire une réelle différence.

L’une des premières pistes proposées par Jowi est simplement d’intégrer, dès le début de la collaboration, une ouverture autour des pronoms et de la façon dont les membres de la famille souhaitent être référé·es.

Aussi, Jowi recommande aux orthophonistes et aux autres intervenant·es de réviser le matériel utilisé lors des rencontres et de privilégier des images moins genrées.

De plus, lorsqu’un enfant identifie un personnage d’une façon inattendue (ex. dire qu’un personnage qui porte une robe est un garçon), plutôt que de corriger automatiquement, il peut être pertinent d’explorer son raisonnement avec des questions ouvertes comme « Ah, qu’est-ce qui te fait dire que c’est un garçon ? » (selon l’âge de l’enfant, bien sûr).

Au final, il ne s’agit pas de complexifier  les interventions, mais plutôt d’adopter une posture plus réfléchie.

Souvent, ce sont de petits ajustements (dans le vocabulaire, les outils ou les habitudes cliniques) qui permettent de créer un accompagnement plus respectueux.

Le zine de Jowi : une ressource pour aller plus loin

À travers son vécu, Jowi a aussi choisi de transformer ses expériences en outil concret.

C’est ainsi qu’est né son zine, un document autoédité conçu pour rendre l’information plus accessible, plus simple à consulter et plus facile à partager avec les personnes qui gravitent autour des enfants.

L’objectif est d’offrir une ressource pratique à celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre comment parler de genre avec les enfants dans différents contextes.

Parents, grands-parents, enseignant·es, éducateur·rices, intervenant·es ou professionnel·les peuvent ainsi y trouver des pistes de réflexion, des définitions vulgarisées et des outils pour développer des échanges plus respectueux.

À retenir avant d’aborder le genre avec les enfants

Parler de genre avec les enfants peut sembler intimidant au départ, surtout parce que plusieurs adultes ont eux-mêmes grandi avec peu de repères ou de discussions nuancées sur le sujet.

Mais au final, l’objectif n’est pas d’avoir toutes les réponses parfaites.

C’est surtout d’être prêt·e à écouter, à réfléchir, et à soutenir les enfants dans leur développement.

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Pistes concrètes pour aider les intervenant·es qui travaillent avec les enfants à adapter leur pratique aux réalités de genre diverses | L'orthophonie simplement - épisode 102
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EN QUELQUES LIGNES

À quel âge les enfants commencent-ils à comprendre le genre ?

Les enfants commencent très tôt à reconnaître certaines dimensions du genre, souvent vers 2 ou 3 ans. Ils observent les vêtements, les voix, les coiffures ou les comportements associés socialement au féminin ou au masculin.

Comment les orthophonistes et les intervenantes peuvent-elles aborder le genre de façon inclusive ?

Les orthophonistes, enseignantes, éducatrices et autres intervenantes peuvent adopter des gestes simples : demander les pronoms dès la première rencontre, utiliser des images moins stéréotypées, varier les personnages dans les jeux et éviter de présumer le genre d’une personne selon son apparence. Ces petites actions rendent les suivis plus sécurisants pour les enfants et les familles.

Quelle est la différence entre sexe biologique, identité de genre et expression de genre ?

Le sexe biologique est généralement assigné à la naissance selon des caractéristiques physiques. L’identité de genre correspond à la façon dont une personne se définit intérieurement : fille, garçon, non binaire, agenre, fluide, etc. L’expression de genre désigne la manière dont une personne exprime son genre, par exemple par ses vêtements, ses cheveux, ses bijoux ou son style.

Que signifient les termes non binaire et agenre ?

Une personne non binaire ne s’identifie pas exclusivement comme homme ou femme. Son identité de genre peut se situer entre les deux, au-delà de cette distinction ou fluctuer selon son vécu. Une personne agenre, quant à elle, ne s’identifie à aucun genre. Ces réalités montrent que le genre peut être plus diversifié que la vision traditionnelle binaire.