9/27/2022

Trouble développemental du langage et trouble des sons de la parole ; c’est quoi la différence ?

Je t'explique le jargon des orthophonistes de façon simple et concrète !

Le langage et la parole, c’est deux choses différentes.  Si tu n’es pas orthophoniste, tu ne t’es peut-être jamais attardé à cette précision. 😉

Quand on veut bien comprendre pourquoi un enfant a de la difficulté à communiquer, la distinction est par contre essentielle.

Pour t’aider à mieux comprendre notre jargon d’orthophoniste, je te guide dans les définitions, les nuances et les exceptions.

Si ton enfant a déjà été vu en orthophonie ou si tu as lu sur le développement du langage, tu as probablement croisé les termes trouble développemental du langage et trouble des sons de la parole.

En faisant des recherches, j’ai réalisé qu’il y avait très peu d’informations sur la différence entre ces deux troubles. Pourtant, je reçois de nombreuses questions à ce sujet.

Pour t’aider à mieux comprendre notre jargon d’orthophoniste, je te guide dans les définitions.

Le langage, c’est quoi?

Le langage c’est la capacité d’exprimer une pensée, de communiquer à l’aide d’un système de signes. Les signes peuvent être des sons, des gestes, des symboles, etc.

En gros, le langage c’est un code. Un code qui est partagé avec les autres et qui est généralement organisé.

La danse que font les abeilles lorsqu’elles trouvent du nectar et qu’elles veulent indiquer l’endroit aux autres, c’est une forme de langage. Les expressions faciales de joie, colère ou tristesse sont aussi une forme de langage.

Il y a aussi le langage verbal, celui qui est utilisé par les êtres humains. 🗣

Savais-tu que les enfants découvrent le langage très tôt, même lorsqu’ils sont encore au chaud dans le ventre de leur mère?

Et la parole, c’est quoi alors?

La parole c’est la production des mots. C’est le chemin qui se crée dans notre cerveau entre le concept qu’on veut exprimer, le mot et la séquence de mouvements faits par notre bouche et nos cordes vocales pour le produire. Si tu observes ton amie lors d’une discussion, tu verras tous les mouvements que font ses lèvres et sa langue pour produire les mots.

Parler, ça peut sembler simple. On fait ça tout le temps, sans vraiment réfléchir à la façon dont on va placer notre bouche.

Si tu veux dire « sapin », tu ne vas pas te questionner pendant 10 secondes pour savoir si ta bouche doit être ouverte ou fermée, si l’air doit sortir par ton nez ou pas ou si ta langue doit se coller à l’avant ou à l’arrière de ta bouche.

Pourtant tout ce processus-là se passe dans ton cerveau. Comme tu es maintenant un adulte, cette séquence est automatique et nécessite très peu de ton attention. La preuve, tu peux raconter ta journée à ton conjoint tout en vidant les boîtes à lunch.

Cet apprentissage tu le fais depuis ta naissance! Pour certains enfants, il est facile d’apprendre les mouvements (patrons moteurs) associés aux sons et de les combiner pour former des mots et des phrases. Pour d’autres, c’est beaucoup plus difficile.

Le trouble des sons de la parole

Le trouble des sons de la parole (TSP) est un terme large qui recouvre plusieurs types de difficultés.

Les enfants qui présentent un TSP peuvent avoir des difficultés avec :

  • la perception. Par exemple, un enfant qui n’entend pas la différence entre le son « s » et le son « ch ». Pour lui « sous » et « chou », ça sonne pareil.
  • l’articulation. Par exemple, un enfant qui a du mal à bien placer sa langue derrière ses palettes pour faire un son « s ». Sa langue sort alors entre ses dents.
  • la représentation mentale des sons : Le son « s » se produit au palais, il ressemble au « z », mais ça ne vibre pas dans mon cou, c’est un son long, qui laisse passer de l’air.

Si tu côtoies de jeunes enfants, tu as sans doute remarqué qu’il change parfois les sons dans les mots. Un lapin pourrait devenir un « papin » et un chapeau, un « papeau ». C’est normal. 🙂

Pour considérer qu’on enfant présente un TSP, les difficultés ne doivent pas être typiques dans le développement à son âge et doivent avoir un impact sur l’intelligibilité ou l’acceptabilité sociale.

Dans le développement typique, les enfants apprennent à distinguer et produire les sons graduellement. Certaines erreurs sont donc attendues chez les tout-petits. Des recherches effectuées récemment au Québec nous permettent d’avoir des normes, je te résume cela dans ce schéma. Si tu veux des trucs pour aider ton enfant à produire les sons, va lire cet article.

L'acquisition des sons

L’intelligibilité c’est le fait d’être compris ou non par les autres. Est-ce que l’enfant peut se faire comprendre par la madame croisée à l’épicerie ou ta cousine à l’épluchette de blé d’Inde?

L’intelligibilité d’un enfant augmente avec le temps, en passant d’environ 50% à 2 ans, à 75% à 3 ans pour atteindre 100% à 5 ans.

L'intelligibilité des enfants

L’acceptabilité sociale réfère au fait que la façon de parler soit jugée « correcte » par les autres. Par exemple, un enfant qui parle sur le bout de la langue pourrait subir les moqueries de ses pairs dans la cour d’école.

Pour rendre cela concret, voici une liste de difficultés qui pourraient être reliées à un TSP :

  • Difficultés à bien coarticuler les sons un « parapluie » qui devient un « palapluie » ou « Mathis fait dodo » qui devient « Ati è dodo ».
  • Transformation de sons : « camion » devient « tamion » et « cadeau » devient « tadeau »
  • Parler sur le bout de la langue (sigmatisme)
  • Imprécision articulatoire en lien avec des atteintes motrices (paralysie)
  • Imprécision articulatoire en lien avec une fente palatine

Il ne faut pas que la difficulté dure dans le temps pour conclure à un TSP. Par contre, les orthophonistes ont souvent besoin de plus de temps pour préciser le type de TSP. Parce que oui, c’est important d’identifier le type pour mieux intervenir.

Dans ma pratique, les deux types que je rencontre le plus souvent dans ma pratique sont le trouble phonologique et la dyspraxie verbale. Il est souvent complexe de distinguer les deux et cela demande de faire une évaluation approfondie ou de voir l’enfant à plusieurs reprises.

Sans entrer dans les détails, un trouble phonologique, c’est lorsque l’enfant a de difficulté à mettre les morceaux ensemble dans sa tête pour produire un mot, avant même de le produire avec sa bouche. C’est aussi une mauvaise distinction entre deux sons, comme un son « t » qui devient toujours « k ».

La dyspraxie verbale, c’est plutôt des difficultés à produire, coordonner et ajuster les sons, pendant qu’on le produit, en fonction du contexte (les autres sons dans le mot ou les autres mots dans la phrase, par exemple). Les erreurs sont alors souvent inconstantes, les mots peuvent être saccadés et plus la phrase est longue, plus l’enfant a du mal à bien produire les mots.

Le trouble développemental du langage, c’est quoi?

Tu as peut-être déjà entendu parler de la dysphasie ou du trouble primaire et persistant du langage. Ce sont les termes qu’on utilisait avant pour le trouble développemental du langage.

Pourquoi avoir changer de terme, c’est mélangeant ? Au contraire, maintenant, le terme trouble développemental du langage est utilisé partout dans le monde.

En 2016 et 2017, un groupe de professionnels, composés surtout d’orthophonistes, mais aussi de psychologues, d’une pédiatre et d’autres professionnels, se sont regroupés pour trouver un nom commun et établir des critères qui seraient utilisés mondialement.

Selon les études, entre 3 et 7 % des personnes dans le monde présentent un TDL. Pour te donner une idée de grandeur, ça représente un ou deux élèves par classe.

Le TDL un trouble commun dont on parle pourtant peu.

Le trouble développemental du langage peut se définir comme des difficultés langagières à s’exprimer ou à comprendre :

  • qui ne sont pas juste reliées à l’apprentissage d’une langue,
  • qui persistent dans le temps même si l’enfant reçoit de l’aide
  • qui ont un impact significatif dans la vie de tous les jours
  • qui ne sont pas reliées à une autre condition biomédicale (Ex. syndrome, déficience intellectuelle, un trouble dans le spectre de l’autisme, etc.) ou à un accident (Ex. traumatisme crânien).

Si un enfant a un autre diagnostic, on dira alors qu’il a un trouble de langage associé à X.

Par exemple, Jacob, âge de 4 ans, présente un trouble de langage associé à un trouble dans le spectre de l’autisme ou Émilie, 5 ans, présente un trouble de langage associé à un retard global de développement.

On pose rarement une conclusion de TDL chez un tout-petit.  Quand le développement langagier d’un enfant ne correspond pas à ce qui est attendu pour l’âge, on parle alors de difficultés langagières. Le terme retard de langage ne devait plus être utilisé. ❌

Quand les difficultés sont importantes et que l’orthophoniste croit qu’elles vont rester dans le temps, elle peut alors poser une hypothèse de TDL. Cette hypothèse sera confirmée suite à une intervention en orthophonie.

En gros, au début, on identifie les difficultés, on cible des objectifs à travailler et on observe l’évolution. C’est ce qui permettra de dire si les difficultés sont passagères ou si elles restent à plus long terme.

Quelles sont les difficultés d’un enfant avec un trouble de langage?

Un enfant qui présente un TDL pourrait par exemple:

  • parler peu ou moins que les enfants de son âge
  • faire des petites phrases, inverser ou oublier des mots
  • avoir du mal à raconter sa journée ou une histoire
  • ne pas comprendre le sens des mots, les consignes ou les questions
  • mélanger des mots de la même famille (dire "pomme" au lieu de "poire")

Comment savoir si les difficultés de mon enfant vont rester?

N’oublie pas que chaque enfant à son propre rythme et évolue différemment. En anglais, le terme « late talkers » est utilisé pour représenter les enfants qui parlent tard. On n’a malheureusement pas d’équivalent en français.

Il faut savoir que ce n’est pas parce qu’un enfant parle tard, qu’il aurait plus tard une conclusion de trouble de langage. Par contre, ce n’est pas non plus parce qu’un enfant dit ses premiers mots à 1 an qu’il n’aura pas de TDL. Je pose souvent cette conclusion chez des enfants du primaire et même chez des adolescents! 😲

C’est donc très difficile de prédire l’avenir. Personne n’a de boule de cristal. Par contre, les études peuvent nous donner des indices.

🔎 Un enfant qui présente encore des difficultés langagières à 4 ans, à plus de chance d’avoir un trouble de langage.

🔎 Un enfant qui présente des difficultés de compréhension est plus à risque d’avoir un TDL.

🔎 Un coco qui ne combine pas les mots à 2 ans est plus à risque d’avoir des difficultés langagières à l’âge scolaire, qu’un enfant qui ne parle pas à 15 mois.

🔎 Les enfants qui présentent seulement des difficultés phonologiques, soient de la difficulté à bien produire les sons dans les mots, n’ont souvent plus de difficultés à l’âge scolaire.

Je te concède que ça reste un peu flou, mais c’est déjà beaucoup plus d’informations que ce qu’on avait quand j’ai commencé à exercer comme orthophoniste, il y a 11 ans. 😅. Il y a de plus en plus d’études sur le langage et le TDL, et c’est tant mieux!

Est-ce que mon enfant peut avoir un TDL et un TSP?

Oui! Les deux troubles ne sont pas exclusifs.

Un enfant pourrait très bien avoir des difficultés à organiser la séquence de sons dans sa bouche pour produire le mot (TSP) et avoir du mal à apprendre des mots et s’exprimer avec des phrases complètes (TDL).

J’ajouterai que les difficultés langagières ou de parole peuvent se retrouver avec un TDA/H, un trouble développemental de la coordination, un trouble de comportement, un trouble d’apprentissage, comme la dyslexie, la dysorthographie et la dyscalculie.

Voilà! J’espère que tu comprends mieux la différence entre ces deux troubles.

Si tu as des questions, n'hésite pas à m'écrire par courriel ou sur les réseaux sociaux.

Si tu crois (comme moi 😉) que tu peux aider ton enfant et que tu souhaites être accompagné pour le faire, je suis là! 🤗

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