
Un plaisir à avoir en classe. Toujours souriante, avec de bonnes notes. Discrète, polie, attentive. Celle qu’on décrit comme « facile »…
Et pourtant, derrière ce sourire, il y a parfois un effort immense pour suivre, s’ajuster, comprendre des codes qui ne sont pas si évidents.
Cet effort, ça peut être lié à un TSA.
Parce que non, tous les enfants ayant un TSA ne se ressemblent pas. Et chez les filles, les manifestations sont souvent plus discrètes, ce qui fait qu’elles passent plus facilement sous le radar.
Dans cet épisode, j’avais envie de démystifier ce qu’on appelle souvent le « TSA au féminin ». J’ai donc invité une experte dans le domaine, mon amie Carolyne Mainville.
Si tu accompagnes une enfant qui veut plaire, qui fait beaucoup d’efforts pour s’ajuster, mais qui revient épuisée de l’école, anxieuse ou en surcharge à la maison, cet épisode est pour toi. 💜
Diplômée de l’Université de Montréal, Carolyne est ergothérapeute et formatrice. Elle est à la tête de la Clinique de réadaptation Carolyne Mainville (CRCM), et contribue à la formation clinique et universitaire de nombreuses futur·es ergothérapeutes.
C’est aussi une passionnée des chevaux, et en 2005, elle est devenue la première ergothérapeute québécoise certifiée dans le domaine de l’hippothérapie.
Très engagée dans la communauté, elle fait partie de l’équipe d’évaluation diagnostique TSA, où elle pratique la passation de l’ADOS-2. Sa passion pour les enfants et les chevaux guide sa pratique au quotidien.
Avant d’aller plus loin, je trouve ça important de clarifier une chose. Quand on parle de « TSA au féminin », on ne parle pas d’un diagnostic différent. Il n’existe pas un TSA pour les garçons et un autre pour les filles. Le diagnostic reste le même. Ce qui change, c’est la façon dont ça peut se manifester, et surtout, la façon dont on l’observe (ou dont on le manque 😅).
Chez plusieurs filles, les signes sont plus discrets. Elles observent beaucoup, imitent, s’ajustent. Elles veulent comprendre les règles du jeu social et faire comme il faut. Alors, au lieu de comportements qui attirent l’attention, on voit souvent des enfants qui se fondent dans le décor, qui respectent les attentes, qui donnent l’impression que tout roule. Et c’est justement ça qui complique les choses.
Dans la discussion avec Carolyne, ce qui ressort clairement, c’est que notre compréhension du TSA s’est longtemps appuyée sur des profils plus visibles, plus extériorisés. Résultat : quand une petite fille est souriante, verbale, intéressée par les autres, on pense rarement au TSA. On explique ses défis autrement. On parle de timidité, de sensibilité, de stress. Et parfois, on passe à côté de quelque chose d’important.
L’objectif ici, ce n’est pas de chercher des étiquettes à tout prix.
C’est plutôt d’élargir notre regard.
Parce que mieux comprendre ces profils-là, ça ouvre la porte à des ajustements plus justes, plus aidants, et beaucoup plus respectueux de ce que l’enfant vit au quotidien.
Avant de parler de profils, de différences entre filles et garçons ou de ce qui passe sous le radar, je trouve ça essentiel de revenir aux bases. Parce que le TSA, c’est un terme qu’on entend beaucoup, mais qu’on ne définit pas toujours clairement.
Le trouble du spectre de l’autisme, c’est un trouble neurodéveloppemental. Ça veut dire que le cerveau se développe et fonctionne différemment, dès la petite enfance. Ce n’est pas quelque chose qui apparaît du jour au lendemain, ni quelque chose qu’un enfant « développe » à cause d’un événement précis.
Le TSA touche principalement deux grandes sphères. D’abord, la communication et les interactions sociales.
Un enfant peut très bien parler, avoir un bon vocabulaire, faire des phrases complexes….et quand même avoir des défis importants en communication. Par exemple, il peut avoir de la difficulté à initier une conversation, à comprendre les sous-entendus, à décoder les expressions faciales ou le langage corporel.
Dans la discussion avec Carolyne, ce point-là est revenu souvent : la communication, c’est aussi savoir quand parler, comment répondre, comment s’ajuster à l’autre. Et ça, pour plusieurs enfants avec un TSA, ce n’est pas inné. Ça demande un effort conscient, constant, parfois épuisant.
L’autre grande sphère du TSA concerne les intérêts et les comportements. On parle souvent d’intérêts très investis, parfois très précis, qui prennent beaucoup de place dans le quotidien de l’enfant. Il peut aussi y avoir des particularités sensorielles, une sensibilité accrue aux bruits, aux textures, aux odeurs, ou au contraire, une recherche sensorielle intense.
On retrouve aussi ce qu’on appelle de la rigidité cognitive. Des façons bien précises de faire les choses, une difficulté à tolérer les changements ou l’imprévu, une logique très personnelle. Et encore là, l’intensité peut varier énormément d’un enfant à l’autre.
Ce qui est important de retenir, c’est que le TSA, c’est un spectre. Il n’y a pas un seul portrait, pas une seule façon d’être avec un TSA. Et c’est exactement pour ça que certains profils, notamment chez les filles, sont plus difficiles à reconnaître.
Quand on parle de TSA chez les filles, ce qui revient presque toujours, c’est cette idée de discrétion. Pas parce que les défis sont moins présents, mais parce qu’ils se manifestent autrement. Et surtout, parce qu’ils attirent moins l’attention de l’entourage.
Chez plusieurs filles, les défis ne s’expriment pas par des comportements qui dérangent ou qui explosent. Ils sont souvent vécus à l’intérieur. Ça peut se traduire par de la timidité, de l’anxiété, un grand souci de bien faire, ou un retrait plus subtil.
Pendant que certains enfants vont extérioriser leur inconfort par des crises ou de l’opposition, plusieurs filles vont plutôt se contenir, s’adapter, prendre sur elles. Et comme ça ne déborde pas, on se dit que tout va bien. Pourtant, cette retenue-là demande énormément d’énergie 😮💨.
Un autre élément clé, c’est que plusieurs filles vivant avec un TSA ont un réel désir d’être en relation avec les autres. Elles veulent avoir des amies, participer, être incluses. Elles observent beaucoup, essaient de comprendre comment ça fonctionne, imitent ce qu’elles voient autour d’elles.
De l’extérieur, ça peut donner l’impression qu’elles sont à l’aise socialement. Mais en réalité, cette relation-là n’est pas fluide. Elle est souvent très réfléchie, très calculée. Chaque interaction devient une suite de décisions à prendre, de règles à respecter, sans jamais pouvoir simplement « être ».
Il y a aussi tout le poids des attentes sociales. Une petite fille discrète, polie, sensible, qui aime jouer calmement ou s’intéresser aux animaux, ça ne soulève pas beaucoup de questions. Ces comportements-là sont facilement expliqués, classés, interprétés comme des traits de personnalité.
Dans la discussion avec Carolyne, on a beaucoup parlé de ces biais-là. Des intérêts très investis peuvent passer inaperçus parce qu’ils ressemblent à ce qu’on s’attend à voir chez une fille. Des particularités sensorielles peuvent être minimisées. Et petit à petit, les indices s’accumulent sans jamais vraiment faire lever de drapeau 🚩.
C’est souvent plus tard, quand les exigences sociales augmentent (à l’école, à l’adolescence), que les écarts deviennent plus visibles. Et pour plusieurs filles, ce moment-là arrive après des années d’adaptation silencieuse.
Quand on parle du TSA chez les filles, on ne peut pas passer à côté du camouflage. Et souvent, l’image qui décrit le mieux ce qui se passe, c’est celle du caméléon 🦎.
Comme un caméléon, plusieurs filles ayant un TSA changent leurs couleurs selon l’environnement. À l’école, avec les amies, dans les activités, elles observent ce qui est attendu et ajustent leur comportement pour se fondre dans le décor.
Elles regardent comment les autres parlent, rient, réagissent. Elles imitent. Elles copient des phrases, des expressions, des façons d’entrer en relation. Ça leur permet d’éviter d’être perçues comme différentes.
Une image que Carolyne a partagée m’a vraiment marquée. Une adolescente lui a déjà dit : « Être avec les autres, pour moi, c’est comme faire des mathématiques sociales. »
Chaque interaction devient un calcul. Qu’est-ce que je dis ? Quand est-ce que je parle ? Quel visage je fais ? Est-ce que je regarde assez ? Pas trop ? Pendant que pour d’autres, la relation est fluide, chez ces filles-là, tout est réfléchi, analysé, ajusté en temps réel.
S’adapter constamment, ça demande beaucoup d’énergie. À l’extérieur, tout semble bien aller. Mais à l’intérieur, c’est souvent l’épuisement, l’anxiété, la surcharge.
À force de changer de couleur pour s’ajuster aux autres, plusieurs filles finissent aussi par se perdre un peu elles-mêmes. Quand est-ce que je suis moi ? Qu’est-ce que j’aime vraiment ? Qu’est-ce qui vient de moi, et qu’est-ce que j’ai emprunté aux autres ?
Et c’est là toute la nuance. Ces filles-là veulent souvent être en relation. Elles veulent des amies. Mais être en groupe devient lourd. Une amie à la fois, ça va. Plusieurs personnes, c’est trop. Et après une activité sociale, ça leur prend souvent du temps pour récupérer.
Pendant l’enfance, plusieurs filles n’ont pas nécessairement conscience qu’elles fonctionnent différemment. Elles s’adaptent, imitent, suivent les règles sans trop se poser de questions. Mais en grandissant, quelque chose change. Les exigences augmentent, et la différence devient plus difficile à porter.
Chez les plus jeunes, le camouflage n’est pas toujours réfléchi. Ce n’est pas « je sais que j’ai des défis, donc je vais m’adapter ». C’est souvent plus intuitif que ça. Elles voient ce que les autres font et essaient de faire pareil, sans forcément mettre de mots dessus.
Avec le temps, surtout à mesure que les relations deviennent plus complexes, plusieurs filles commencent à réaliser que certaines choses leur demandent plus d’efforts. Comprendre les dynamiques de groupe, les sous-entendus, les attentes implicites… Tout ça, ça devient plus lourd.
L’adolescence est souvent un moment charnière. Les relations sociales prennent énormément de place. Les codes deviennent plus subtils. Les groupes se forment, se défont, se complexifient. Et c’est là que plusieurs filles ayant un TSA commencent à sentir un décalage plus marqué.
Elles peuvent se dire : « Pourquoi c’est si facile pour les autres et si compliqué pour moi ? » Cette prise de conscience-là peut être déstabilisante. Elle peut amener beaucoup de questionnements, une baisse de l’estime de soi, et parfois une grande fatigue émotionnelle 😔.
À ce moment-là, on voit souvent apparaître ou s’intensifier de l’anxiété. Pas une anxiété qui sort de nulle part, mais une anxiété liée au fait de devoir constamment s’ajuster, comprendre, performer socialement.
Certaines adolescentes vont se retirer tranquillement des relations. D’autres vont continuer à camoufler, mais au prix d’un épuisement important. Et parfois, cette détresse est interprétée comme « juste un peu de stress », sans qu’on regarde ce qu’il y a en dessous.
Nommer ce qui se passe et comprendre d’où ça vient, ça peut déjà faire une énorme différence.
Une autre raison pour laquelle le TSA chez les filles est parfois difficile à identifier, c’est qu’il ne vient presque jamais seul. Les manifestations se mélangent, se chevauchent, et peuvent facilement être expliquées par autre chose. Résultat : on observe des défis bien réels, mais on n’arrive pas toujours à comprendre d’où ils viennent exactement.
Une petite fille timide, anxieuse, en retrait social. Est-ce qu’on parle d’un TSA ? D’anxiété ? D’un enjeu relationnel ? D’un style d’attachement particulier ?
C’est là que ça devient mêlant, autant pour les parents que pour les intervenant·es. Parce que certains comportements peuvent se ressembler en surface, mais ne pas avoir la même origine. Une difficulté à entrer en relation, par exemple, peut venir d’un défi de communication sociale, d’une anxiété importante, ou d’une incompréhension des codes sociaux. Et sans une analyse plus globale, on risque de passer à côté.
Dans la discussion avec Carolyne, un point revient clairement : chez plusieurs filles ayant un TSA, il y a souvent d’autres défis associés. Le TDAH, par exemple, est très fréquent. Et quand il est présent, il peut masquer ou brouiller les manifestations du TSA.
On retrouve aussi parfois des défis langagiers. Une enfant peut avoir de la difficulté à organiser ses idées, à raconter, à ajuster son discours selon le contexte. Et là, on peut se demander : est-ce que les difficultés sociales viennent du langage ? Ou est-ce que le langage est affecté par autre chose ?
Il peut aussi y avoir des enjeux de motricité fine ou de coordination, qui ajoutent une couche de complexité au quotidien scolaire et social. Et bien sûr, l’anxiété est presque toujours là, souvent en réaction aux défis vécus, et non comme une cause en soi.
Ce qui ressort de tout ça, c’est que regarder un seul aspect ne donne jamais le portrait complet. Une fille peut être anxieuse parce que les relations lui demandent trop d’efforts. Elle peut être épuisée parce qu’elle camoufle constamment. Elle peut éviter certaines situations parce qu’elle ne comprend pas ce qui est attendu.
C’est pour ça qu’il est si important de prendre du recul et d’avoir une vision globale. Pas pour chercher des diagnostics à tout prix, mais pour mieux comprendre le fonctionnement de l’enfant, ses forces, ses défis, et surtout, ce qui peut réellement l’aider au quotidien.
Quand les questionnements s’accumulent, une chose devient claire : comprendre le fonctionnement d’une fille ayant un TSA, ce n’est pas simple. Et ce n’est certainement pas quelque chose qui peut se faire avec un seul outil ou un seul point de vue.
Contrairement à ce qu’on aimerait parfois, il n’existe pas de test magique, de prise de sang ou d’examen rapide qui confirme un TSA. L’évaluation repose sur un jugement clinique, construit à partir de plusieurs sources d’information.
Dans la discussion avec Carolyne, ce point-là était très clair : pour poser une conclusion solide, il faut regarder le développement de l’enfant dans le temps :
C’est l’ensemble de ces observations-là qui permet de comprendre ce qui se passe vraiment.
C’est là que l’approche multidisciplinaire prend tout son sens. Le TSA touche plusieurs sphères du fonctionnement : la communication, les relations sociales, l’attention, la sensorialité, la motricité, l’adaptation au quotidien. Aucun professionnel ne peut tout voir seul.
Selon les besoins de l’enfant, on va souvent retrouver une combinaison de regards : psychologie ou neuropsychologie, une orthophoniste, une ergothérapeute, parfois d’autres professionnel·les aussi. Chacun apporte sa lecture, ses observations, ses outils. Et c’est en mettant tout ça ensemble qu’on arrive à un portrait plus juste.
Il existe des outils reconnus pour soutenir l’évaluation du TSA, comme des entrevues développementales avec les parents et des protocoles d’observation directe de l’enfant. Ces outils sont importants, mais ils ne racontent jamais toute l’histoire à eux seuls.
Chez les filles, surtout celles qui camouflent beaucoup, ces outils peuvent être moins sensibles. Elles ont souvent de bonnes forces, une bonne capacité d’adaptation, ce qui peut masquer leurs défis pendant l’évaluation. C’est pour ça qu’on ne peut pas s’en tenir uniquement aux résultats d’un protocole. Il faut les mettre en contexte, les croiser avec l’histoire développementale et les observations du quotidien.
Je le sais, comme parent ou comme intervenant·e, ça peut être frustrant. On aimerait des réponses rapides. On aimerait savoir quoi faire, comment aider, par où commencer. Mais comprendre en profondeur le fonctionnement d’un enfant, ça prend du temps.
Ce temps-là n’est pas perdu 🤗. Il permet d’éviter des conclusions trop rapides et de proposer des ajustements qui font réellement une différence dans la vie de l’enfant et de sa famille.
Une fois que les questions sont là, qu’on sent qu’il y a quelque chose à explorer, une autre réalité frappe de plein fouet : l’accès aux services. Et pour bien des familles, ce n’est pas simple.
Au Québec, obtenir une évaluation complète pour un TSA peut prendre beaucoup de temps. Dans le réseau public, les listes d’attente s’étendent souvent sur plusieurs années. Et pendant ce temps-là, l’enfant continue de grandir, d’évoluer, de composer avec ses défis au quotidien.
Pour les parents, cette attente peut être lourde. On observe, on doute, on se questionne, sans toujours avoir de réponses claires. Et quand on sait que des ajustements précoces peuvent vraiment aider, cette lenteur-là devient particulièrement difficile à porter 😔.
Certaines familles se tournent vers le privé pour réduire les délais. Mais là encore, ce n’est pas une solution facile. Les équipes sont souvent débordées, les listes d’attente existent aussi, et les coûts peuvent être importants.
Ça crée une réalité inégale, où l’accès aux services dépend parfois davantage des ressources disponibles que des besoins réels de l’enfant. Et ça, comme parent ou comme intervenant·e, c’est confrontant.
Ce qui ressort clairement, c’est que l’attente ne veut pas dire qu’on doit se tourner les pouces.
Même sans conclusion formelle, c’est possible d’observer, de réfléchir autrement, d’ajuster certaines choses au quotidien.
Comprendre le fonctionnement d’une enfant et être sensible à ce qui la surcharge (et à ce qui l’aide), ça peut déjà faire une différence.
Quand on est en attente, ou quand on a simplement des doutes sans réponses claires, une question revient souvent : « OK… mais en attendant, je fais quoi ? » Et c’est une question tellement légitime.
La bonne nouvelle, c’est qu’il y a déjà plein de choses qu’on peut ajuster au quotidien, sans attendre une conclusion officielle. Des petits changements qui peuvent avoir un grand impact sur le bien-être de l’enfant 🌱.
Beaucoup d’enfants ayant un TSA (les filles en particulier) vivent difficilement l’imprévu. Pas parce qu’elles veulent contrôler, mais parce que ça demande un énorme effort d’adaptation. Rendre le quotidien plus prévisible peut vraiment diminuer la surcharge.
Par exemple, tu peux annoncer les transitions à l’avance, expliquer comment la journée va se dérouler et utiliser des repères visuels simples, même si l’enfant « sait » sa routine. La connaître par cœur et la comprendre, ce n’est pas la même chose. Et cette prévisibilité-là peut faire une vraie différence sur l’anxiété.
On utilise souvent, sans s’en rendre compte, des phrases très abstraites : « Dépêche-toi », « Sois patiente », « Fais un effort ». Pour plusieurs enfants, ces mots-là sont flous et difficiles à interpréter.
Clarifier ce qu’on attend, être plus concret, expliquer étape par étape, ça aide énormément. Les supports visuels peuvent aussi devenir une vraie porte d’entrée pour la compréhension, surtout quand les émotions prennent le dessus.
Un point qui revient beaucoup dans la discussion avec Carolyne, c’est l’importance de ne pas interpréter trop vite certains comportements comme de la provocation ou de l’opposition.
Un conflit avec un autre enfant peut venir d’une incompréhension. Une réaction intense peut être liée à une surcharge sensorielle. Un refus peut cacher une rigidité ou une difficulté à s’ajuster au changement. Quand on prend un pas de recul et qu’on se demande « qu’est-ce qui se passe en dessous ? », notre intervention change complètement.
Que ce soit à la maison ou à l’école, anticiper les situations plus difficiles peut éviter bien des tempêtes. Préparer l’enfant avant une activité sociale, nommer ce qui pourrait être délicat et offrir des stratégies à l’avance, ça aide à sécuriser.
Et surtout, ça envoie un message puissant à l’enfant : « Je te vois. Je comprends que certaines choses te demandent plus d’efforts. Et je suis là pour t’aider. » 🥰
Si j’ai eu envie de prendre ce temps pour parler du TSA chez les filles, c’est parce que les conséquences d’une incompréhension peuvent être lourdes.
Quand on ne comprend pas ce qui se passe, l’enfant se retrouve souvent à porter seule le poids de ses défis.
On associe encore trop souvent le TSA à un désintérêt pour les autres, à des comportements très visibles ou à des profils qui sortent du cadre. Chez plusieurs filles, ce n’est pas ça du tout. Elles veulent être en relation. Elles veulent bien faire. Elles veulent répondre aux attentes.
Les défis, ce sont souvent les maladresses sociales, la rigidité, l’effort constant pour s’ajuster. Et si on ne regarde pas sous la surface, on risque de passer à côté de ce que l’enfant vit vraiment.
Quand le TSA n’est pas reconnu chez les filles, ce qu’on voit souvent émerger avec le temps, c’est beaucoup d’anxiété, une fatigue importante, parfois un sentiment de décalage profond. À l’adolescence, ça peut devenir particulièrement souffrant. Certaines jeunes vivent une baisse d’estime de soi, des épisodes dépressifs, des difficultés relationnelles marquées, parfois même des enjeux alimentaires ou identitaires.
Mieux comprendre ces profils plus tôt, ce n’est pas pour poser une conclusion plus vite à tout prix. C’est pour éviter que l’enfant se dise, pendant des années : « Le problème, c’est moi ».
Je crois profondément qu’on gagne à parler du TSA autrement. À le présenter comme une façon différente de fonctionner, avec ses défis, oui, mais aussi avec ses forces. Des forces qu’on oublie trop souvent de nommer : la mémoire, la capacité d’approfondissement, la sensibilité, la persévérance, la richesse des intérêts.
Quand les enfants comprennent mieux comment leur cerveau fonctionne, ça ouvre la porte à une meilleure connaissance de soi. Et ça, c’est un levier immense pour leur bien-être à long terme.
Bref, le TSA chez les filles, ça existe. Il est parfois discret, souvent subtil, et trop souvent incompris. Mais plus on affine notre regard, plus on se donne la chance d’accompagner ces enfants-là de façon juste, respectueuse et aidante.
Si tu es parent, éducatrice ou intervenante et que certaines situations te font lever un point d’interrogation, fais-toi confiance. Observer, questionner, chercher à comprendre, ce n’est jamais une perte de temps. C’est souvent le premier pas vers un accompagnement plus aligné avec les besoins réels de l’enfant. 💜
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Le sous-diagnostic du TSA chez les filles est dû à plusieurs facteurs : les critères actuels sont basés sur des profils masculins, les filles ont souvent des comportements plus internalisés (timidité, anxiété) et elles masquent mieux leurs difficultés sociales. De plus, certains intérêts ou traits sont perçus comme socialement acceptables (ex. passion pour les animaux), ce qui peut fausser l’interprétation clinique.
Les signes d’un TSA chez une fille peuvent inclure : une grande timidité sociale, des intérêts très spécifiques, des rigidités dans les routines, une fatigue sociale marquée après des interactions, ou encore une logique personnelle très définie dans certaines actions. À l’école, ces filles sont souvent perçues comme calmes ou modèles, alors qu’à la maison, elles peuvent vivre d’importantes explosions émotionnelles.
Le camouflage est une stratégie consciente ou inconsciente utilisée par les filles autistes pour imiter les comportements sociaux attendus. Elles peuvent copier les expressions faciales, les phrases ou les comportements d’amis. Bien que cela les aide à s’intégrer, cela entraîne souvent de l’épuisement, de l’anxiété et une faible connaissance de soi à long terme.
Même en l’absence de diagnostic formel, certaines adaptations éducatives et relationnelles peuvent aider : instaurer des routines visuelles, anticiper les transitions, utiliser un langage concret, et offrir des environnements sociaux plus calmes. Il est aussi essentiel de reconnaître leurs forces, comme leur mémoire visuelle ou leur passion pour un sujet, afin de favoriser une meilleure adaptation et estime de soi.