
Recevoir un diagnostic pour son enfant, c’est souvent un mélange d’émotions. Il y a l’inquiétude, bien sûr, mais aussi un immense soulagement. Enfin, on a une réponse. Enfin, on met un mot sur ce qu’on observe depuis parfois des mois, voire des années. Ça aide à comprendre, à expliquer, à justifier certaines difficultés. Et ça, c’est précieux. 🙏
Mais avec le temps, autant dans ma pratique clinique que dans mes échanges avec les familles, j’ai réalisé que le diagnostic peut aussi prendre beaucoup de place. Tellement de place que, sans le vouloir, on peut finir par regarder surtout ce qu’il explique…Et manquer ce qu’il n’explique pas.
Évidemment, je ne suis pas contre les diagnostics. Au contraire ! Mais j’avais envie de prendre un pas de recul et de réfléchir avec toi à ce qui se passe après. À ce moment où on a une réponse, mais où le portrait n’est pas nécessairement complet.
Parce qu’un diagnostic, ce n’est pas la fin. Il peut y avoir autre chose qui se cache derrière. Et quand on garde ça en tête, ça change complètement la façon dont on soutient, dont on adapte, et dont on accompagne.
Un diagnostic, ça sert à quelque chose.
Ça permet de mettre des mots sur des difficultés qui étaient parfois floues, diffuses, difficiles à expliquer. Ça aide à comprendre pourquoi certaines tâches demandent plus d’efforts, pourquoi certaines situations sont plus exigeantes pour un enfant que pour d’autres. Pour plusieurs parents, c’est aussi un moment où on se sent enfin validé dans ses inquiétudes. On se dit « je ne l’imaginais pas », « je ne suis pas folle de m’être posé toutes ces questions-là ». Et ça, c’est important.
Sur le plan clinique, le diagnostic sert aussi de point d’ancrage. Il guide les interventions, oriente les stratégies, aide les milieux à mettre en place des adaptations. À l’école, il ouvre parfois la porte à des mesures de soutien. À la maison, il permet d’ajuster les attentes, de mieux comprendre certaines réactions, de changer son regard sur son enfant.
Mais un diagnostic, aussi pertinent soit-il, ne raconte jamais toute l’histoire. Il met en lumière une partie du fonctionnement, souvent celle qui est la plus visible ou la plus urgente à documenter à ce moment-là. Et c’est normal. Une évaluation se fait dans un contexte précis, à un moment précis, avec des outils précis. Elle ne peut pas tout capter, tout expliquer, tout prévoir.
C’est là que la nuance devient essentielle. Le diagnostic n’est pas une étiquette figée, ni une explication universelle à tout ce qu’un enfant vit au quotidien. C’est un point de départ. Un repère. Une base sur laquelle on peut s’appuyer, tout en restant attentif à ce qui évolue, à ce qui persiste, et à ce qui n’entre pas tout à fait dans le cadre.
À partir du moment où un diagnostic est posé, il devient souvent la référence principale. C’est humain. On a enfin une explication, donc on s’y accroche. On l’utilise pour comprendre, pour expliquer à l’entourage, pour orienter les interventions. Et dans bien des cas, ça aide vraiment.
Mais ce que j’observe parfois, c’est que l’étiquette finit par prendre toute la place. Pas par mauvaise intention. Pas parce que les parents ou les intervenant·es font mal les choses. Simplement parce que quand on a une réponse claire, on a tendance à l’utiliser pour expliquer un peu tout ce que l’enfant vit au quotidien.
Peu à peu, certaines difficultés sont automatiquement expliquées par le diagnostic. Si quelque chose ne va pas, on se dit que « c’est normal, c’est lié à ça ». Si une stratégie ne fonctionne pas, on peut avoir l’impression qu’il n’y a rien d’autre à faire, parce que « c’est son diagnostic ». Et sans s’en rendre compte, on peut arrêter de se poser certaines questions.
Le risque, c’est de ne plus regarder ce qui dépasse du cadre. Ce qui ne s’explique pas complètement par l’étiquette. Ce qui est plus subtil, plus variable, ou qui évolue avec le temps.
Et c’est souvent là que les parents se sentent un peu coincés. Ils ont des outils, des stratégies, parfois même des adaptations en place. Et oui, certaines choses vont mieux qu’avant. Mais il reste des défis qui persistent, sans qu’on sache trop pourquoi. Ça peut être frustrant, décourageant, voire culpabilisant. 😕 On se demande si on en fait assez, si on s’y prend mal, ou si on doit simplement accepter que ça va rester comme ça, il n’y a rien à faire.
C’est exactement à ce moment-là que ça vaut la peine de reprendre un pas de recul. Pas pour remettre le diagnostic en question, mais pour élargir le regard. Pour se demander si tout ce que l’enfant vit est réellement expliqué par cette étiquette-là, ou s’il y a peut-être autre chose qui mérite d’être exploré.
Quand on parle de développement, de langage ou d’apprentissages, c’est tentant de séparer les choses. Le langage d’un côté. L’attention de l’autre. La lecture, l’écriture, les mathématiques dans leurs propres cases. Sur papier, ça aide à structurer. En pratique, c’est beaucoup moins simple que ça.
Le cerveau d’un enfant fonctionne comme un tout. Pour comprendre une consigne, lire un texte, résoudre un problème ou raconter sa journée, plusieurs fonctions sont sollicitées en même temps. Le langage, l’attention, la mémoire, les fonctions exécutives, parfois même la motricité. Tout est interrelié.
C’est pour ça que les portraits sont souvent complexes. Un enfant peut avoir un diagnostic principal, mais présenter aussi des fragilités dans d’autres sphères. Pas nécessairement assez marquées pour devenir un diagnostic en soi, et pas toujours visibles dans les premières évaluations, mais suffisamment présentes pour influencer son quotidien, ses apprentissages et son niveau de fatigue.
C’est là qu’on parle souvent de cooccurrence. Par exemple, des difficultés langagières peuvent rendre les tâches scolaires beaucoup plus exigeantes sur le plan attentionnel. Ou encore, des enjeux d’attention peuvent compliquer l’accès au sens, même quand le langage est relativement bon.
Ce que ça veut dire concrètement, c’est que tout n’est pas toujours expliqué par un seul diagnostic. Garder cette vision globale, ça permet de mieux comprendre pourquoi certaines stratégies fonctionnent partiellement, pourquoi certains défis persistent, et pourquoi le portrait mérite parfois d’être revisité avec le temps.
Dans un monde idéal, on aurait toujours accès à des évaluations complètes, réalisées par plusieurs professionnel·les, au bon moment, sans délai ni contrainte. En réalité, ce n’est presque jamais comme ça que ça se passe.
La plupart des familles font des choix en fonction de ce qui est le plus urgent, le plus visible, le plus préoccupant au quotidien :
Et c’est tout à fait normal. Quand on est inquiet pour son enfant, on veut d’abord répondre au besoin le plus criant.
Il faut aussi tenir compte des limites bien réelles du système. Les délais dans le public peuvent être longs. Certaines évaluations ne font plus partie du mandat de certains services. En milieu scolaire, par exemple, les orthophonistes ont de plus en plus un rôle de conseil et de soutien, sans toujours réaliser d’évaluation diagnostique complète. Du côté du privé, les évaluations demandent du temps, de l’énergie et des ressources financières importantes. Peu de familles peuvent se permettre de multiplier les démarches.
Résultat ? Lles parcours sont souvent fragmentés. Un enfant peut avoir une évaluation en neuropsychologie, sans évaluation en orthophonie. Ou l’inverse. Parfois, certaines sphères sont bien documentées, alors que d’autres sont survolées, ou simplement mises de côté, faute de temps ou de priorité à ce moment-là.
Et ça ne veut pas dire que le travail a été mal fait. Ça veut dire que l’évaluation a répondu à une question précise, à un moment précis. Le portrait qu’on obtient est donc forcément partiel.
Utile, oui.
Pertinent, oui.
Mais pas nécessairement complet.
Garder ça en tête, ça permet de comprendre pourquoi, avec le temps, certaines questions refont surface et pourquoi certains défis persistent malgré les adaptations.
Même quand une évaluation est bien faite, complète et rigoureuse, il peut rester des angles morts. Pas parce que le/la professionnel·le a manqué quelque chose. Pas parce que le parent n’a pas posé les bonnes questions. Simplement parce qu’une évaluation répond toujours à un objectif précis, à un moment précis.
Par exemple, un enfant peut avoir de grandes difficultés en lecture et en écriture, et c’est ce qui motive l’évaluation. Mais derrière ces défis-là, il peut aussi y avoir des enjeux de compréhension du langage qui compliquent l’accès au sens. Tant que la lecture prend toute la place, ces difficultés-là peuvent rester en arrière-plan.
C’est la même chose quand un enfant présente beaucoup d’inattention ou de fatigue cognitive. On travaille l’attention, on ajuste l’environnement, et certaines choses s’améliorent. Mais si, malgré tout, les défis persistent, ça vaut la peine de se demander s’il n’y a pas autre chose qui contribue à cette surcharge. Parfois, ce sont des difficultés langagières. Parfois, ce sont des défis en mathématiques. Parfois, ce sont plusieurs petites fragilités qui, ensemble, rendent les tâches beaucoup plus exigeantes.
Ces angles morts ne sont pas des erreurs. Ils font partie du processus. Le développement n’est pas figé, et le portrait d’un enfant se précise souvent avec le temps, à mesure que les exigences augmentent et que certaines stratégies sont mises en place. Rester ouvert à cette idée-là, ça permet de normaliser le fait qu’un diagnostic puisse évoluer, se compléter ou s’enrichir, sans remettre en question tout le travail déjà fait.
Dans ma pratique, il y a quelques repères qui m’aident à regarder l’enfant dans sa globalité., même quand un diagnostic est déjà posé. Les voici !
Un diagnostic aide à comprendre. Il donne une direction. Il met des mots sur des difficultés bien réelles.
Mais attention : il ne marque pas la fin du processus. Au contraire, c’est souvent le début.
Ce qui est important de garder en tête, c’est que le diagnostic ne raconte jamais toute l’histoire. Il décrit une partie du fonctionnement. Et avec le temps, d’autres éléments peuvent émerger, devenir plus clairs, ou simplement prendre plus de place.
Les rapports sont précieux, mais le quotidien l’est tout autant. Ce que l’enfant vit à la maison, à l’école, dans ses devoirs et dans ses interactions sociales, ça donne souvent des indices essentiels. Les parents ont une connaissance fine de leur enfant. Ils sentent quand quelque chose ne va pas.
Quand certaines difficultés reviennent sans cesse, même avec des stratégies en place, ça mérite d’être entendu. Ces observations-là ne veulent pas dire que le diagnostic est faux. Elles indiquent simplement que le fonctionnement réel de l’enfant est peut-être un peu plus complexe que ce qui est écrit noir sur blanc dans le rapport d’évaluation.
Il y a parfois des défis qui ne s’expliquent pas complètement par le diagnostic posé. Des erreurs qui persistent. Des situations qui demeurent difficiles. Des réactions qui surprennent. Ce sont souvent ces petits décalages-là qui méritent qu’on s’y attarde.
Ces difficultés ne sont pas toujours assez marquées pour porter un nom précis. Et c’est correct. Elles peuvent quand même avoir un impact réel sur les apprentissages et sur le quotidien. Les remarquer, les noter, les garder en tête, c’est déjà une forme de soutien.
Le développement n’est pas statique. Les exigences changent. L’école devient plus complexe. Les tâches demandent plus d’autonomie, plus de compréhension, plus de flexibilité cognitive. Ce qui était moins visible à un l’âge de 7 ans peut devenir plus apparent au secondaire, par exemple.
Accepter que le portrait évolue, ce n’est pas un échec du diagnostic initial. C’est reconnaître que l’enfant grandit, que son environnement change, et que ses besoins aussi. Cette ouverture-là, elle permet d’ajuster les interventions au bon moment, sans attendre que la situation devienne trop lourde.
Une stratégie peut très bien fonctionner pendant un certain temps, puis devenir insuffisante. Et ça, c’est normal. Les stratégies ne sont pas universelles ni permanentes. Elles doivent évoluer avec l’enfant, avec ses défis, avec son contexte.
Quand on constate que malgré les adaptations en place, certains défis persistent, ce n’est pas nécessairement parce que l’enfant ne fait pas assez d’efforts. C’est souvent un signal qu’il faut ajuster, compléter ou modifier ce qui est proposé.
Élargir le portrait, ça ne veut pas dire payer pour 100 évaluations de spécialistes différents. 😅
Ça peut simplement vouloir dire observer autrement, discuter avec les intervenant·es, ou garder en tête qu’il y a peut-être d’autres éléments à explorer plus tard, quand le moment sera plus approprié.
Au-delà de tous les diagnostics, il y a un enfant. Un enfant avec ses forces, ses intérêts, ses défis, sa façon bien à lui de comprendre le monde. Ce qui fonctionne pour un enfant ayant le même diagnostic ne fonctionnera pas nécessairement pour un autre.
Garder la personne au centre, c’est se demander ce qui l’aide concrètement, ici et maintenant. C’est ajuster les stratégies à son profil réel, pas seulement à une description générale. Et c’est souvent là que les interventions deviennent plus aidantes, plus respectueuses et plus efficaces. 💜
Si tu retiens une chose de tout ça, c’est que le diagnostic n’est pas là pour enfermer ton enfant dans une case. Il est là pour aider à comprendre, à guider, à orienter. Et en même temps, il ne raconte jamais toute l’histoire à lui seul.
Voir au-delà du diagnostic, ce n’est pas rejeter ce qui a été évalué. Ce n’est pas remettre en question le travail des professionnel·les. C’est plutôt accepter que le fonctionnement d’un enfant soit complexe, évolutif, et parfois imparfaitement capté à un moment donné. C’est se donner le droit d’ajuster, de réévaluer, de se poser de nouvelles questions quand quelque chose persiste ou ne s’explique pas complètement.
Comme parent, ça peut aussi être rassurant de se rappeler que tu n’as pas à tout comprendre ni à tout faire en même temps. On peut y aller par étapes. Il n’y a pas d’urgence à tout explorer d’un coup.
Et surtout, souviens-toi que derrière l’étiquette, il y a un enfant unique, avec ses intérêts et sa personnalité.
Au final, ce qui fait la différence, ce n’est pas le mot inscrit dans un rapport, mais la façon dont on ajuste le soutien à l’enfant qui est devant nous. 🥰
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Un diagnostic, bien qu'essentiel, peut parfois réduire la vision globale des besoins de l'enfant. Lorsqu'on se focalise uniquement sur le diagnostic (comme une dyslexie ou un TDA/H), on risque d'ignorer d'autres difficultés co-occurrentes, comme des enjeux langagiers non détectés. Cela peut limiter l’efficacité des stratégies mises en place.
La cooccurrence désigne la présence simultanée de plusieurs troubles ou fragilités. Par exemple, un trouble développemental du langage (TDL) peut coexister avec un trouble d’attention. Comprendre cette complexité est crucial pour éviter de passer à côté de besoins majeurs et pour adapter les interventions de façon efficace.
Les rapports scolaires contiennent souvent une synthèse des diagnostics, sans tous les détails des évaluations complètes. Cela peut conduire à une perte d’information importante, notamment sur les observations cliniques et les nuances soulevées par les professionnels externes, comme les orthophonistes.
Il peut être difficile pour les parents de choisir les bons professionnels, surtout avec des moyens financiers limités. C’est important de prioriser selon les besoins les plus criants, mais de rester vigilant·e face aux signes persistants. Une approche par étapes, avec ajustements progressifs, est souvent la meilleure solution.