Épisode 75

Diversifier son offre de services - avec Caroline Cloutier

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Lorianne Lacerte - Icône - Apple podcastÉcoutez sur Spotify

Tu as l'impression que ta pratique repose uniquement sur toi ? Que si tu t'arrêtes, tout s'arrête avec toi ? Tu n'es pas seul·e. Quand on bâtit une entreprise en relation d'aide, on finit souvent par se retrouver prisonnier·ère du 1 à 1, sans trop savoir comment en sortir.

Dans cette entrevue avec Caroline Cloutier, on explore comment elle a diversifié son offre de services pour sortir de cette dépendance, sans renier ce qu'elle avait bâti pendant dix ans. L'objectif ? Te montrer qu'il existe d'autres façons de faire, plus alignées avec ton rythme à toi.

Qui est Caroline Cloutier ?

Caroline est diététiste-nutritionniste depuis dix ans. Avec le temps, elle a ajouté à son expertise une double formation en enseignement de la méditation, dont une certification MB8, après s'être d'abord formée aux États-Unis auprès du Center for Mindful Eating.

Elle est claire sur une nuance importante : elle utilise la pleine conscience comme un outil complémentaire à son approche nutritionnelle, pas comme une pratique à part. Ça lui a permis de bâtir une offre unique, qui s'est diversifiée au fil des années : consultations individuelles, portail de formation en ligne (une des premières dans sa profession à en lancer un), conférences, accompagnement de groupe, et même des recettes monétisées sur son site.

Elle participe aussi à un projet de recherche à l'Université Laval sur l'alimentation en pleine conscience auprès des familles.

Un déclic parti d'un besoin personnel, pas d'une stratégie d'affaires

Ce qui m’intrigue dans cette conversation, c'est que Caroline n'a pas commencé par une réflexion stratégique. En 2018, elle était proche du burn-out. 😅

C'est à ce moment-là qu'elle a décidé de ralentir et d'intégrer davantage de présence dans son quotidien, notamment avec le programme MBSR développé par Jon Kabat-Zinn à la Faculté de médecine de l'Université du Massachusetts.

Ce virage-là, c'était pour elle, bien avant d'être pour sa business. Et c'est important de le nommer, parce qu'on a tendance à penser qu'il faut d'abord avoir un plan pour changer quelque chose. Caroline montre que ça peut être l'inverse : le changement personnel peut venir en premier, et l'entreprise suit.

Diviser son entreprise en deux, sans tout recommencer à zéro

Donc, près de dix ans à bâtir une seule entreprise à son image, Caroline a pris une décision qui aurait pu sembler radicale : diviser sa pratique en deux entités distinctes.

Deux entreprises, une seule vision

D'un côté : Caroline Cloutier Nutritionniste, où elle met désormais clairement de l'avant la pleine conscience appliquée à l'alimentation, avec des consultations individuelles pour les personnes qui vivent des excès alimentaires, de la culpabilité ou une relation difficile avec la nourriture. Des recettes et des articles complètent cette offre.

De l'autre : Nourrir ton cœur, un espace collaboratif cofondé avec Hélène Fortin Lachance, psychoéducatrice. Cette entreprise porte le portail d'apprentissage en ligne et l'accompagnement de groupe, et permet à d'autres professionnel·les de venir y partager leur propre expertise.

Caroline précise que ce n'était pas une façon de changer de nom pour pouvoir déléguer : elle voulait garder son entreprise à son nom, tout en pouvant déployer sa mission encore plus loin. La division n'est pas une séparation totale : c'est une façon de partager la mission avec d'autres personnes, sans abandonner ce qu'elle avait construit patiemment.

Apprendre à déléguer après dix ans de tout porter seule

Caroline a été franche sur l'un de ses plus grands défis : vouloir tout faire elle-même. Elle admet qu'au début, c'était exactement ça, son enjeu. Mais créer ces deux entreprises lui permet maintenant de se sentir plus à l'aise avec l'idée de déléguer et de collaborer.

Le défi de la visibilité : miser sur la diversification plutôt que sur la constance

On a aussi parlé de visibilité, un sujet qui revient souvent en pratique privée.

Elle raconte en riant qu'elle n'est pas à l'aise devant la caméra pour donner des webinaires ou des cours en ligne, et qu'elle a encore moins de facilité à synthétiser l'information pour une vidéo d'une minute trente. Elle parle aussi d'un défi de constance, amplifié par un TDAH qui influence son niveau d'énergie et de motivation : certaines semaines, elle publie plusieurs vidéos, puis disparaît des réseaux pendant un mois.

Plutôt que de se battre contre son propre rythme, Caroline a choisi de ne pas tout miser sur les réseaux sociaux. Elle investit davantage dans son infolettre, dans le SEO de son site web, dans les conférences et dans la création de recettes, qu'elle a commencé à monétiser l'an dernier après dix ans à ne jamais mettre de publicité sur son site.

C'est une belle leçon : si on mise uniquement sur les réseaux sociaux, on se retrouve démuni le jour où l'algorithme décide qu'on ne vaut plus grand-chose. Diversifier ses canaux, c'est aussi une façon de se protéger.

Un modèle hybride qui maximise l'impact, pas seulement les revenus

Le modèle hybride de Caroline (individuel, groupe, cours en ligne autonomes) ne sert pas juste à alléger sa charge de travail, mais aussi à changer la nature de l'aide qu'elle offre.

Elle observe que plusieurs de ses client·es commencent en individuel, avant de choisir de rejoindre un accompagnement de groupe, où elles vivent une transformation différente, portée par l'humanité commune que le groupe apporte. Elle résume qu'on ne peut pas faire en groupe ce qu'on fait en individuel, mais qu'on ne peut pas non plus recréer en individuel ce que le groupe apporte comme sentiment de ne pas être seul. Ce sentiment d'appartenance, c'est un élément central de l'autocompassion, une valeur essentielle pour sa clientèle.

Concrètement, sa semaine reste variable selon les saisons : de 8 à 12 heures de consultation, des cohortes de groupe le soir pendant 20 à 24 semaines par année, des conférences plus fréquentes autour du mois de la nutrition, et des moments de création de recettes le week-end. L'hiver et le printemps sont plus chargés, et l'automne est plus calme, propice aux projets de collaboration.

L'audace comme fil conducteur

Quand on lui demande de quoi elle est la plus fière dans sa pratique actuelle, Caroline ne pointe pas un chiffre ou un projet en particulier. Elle nomme l'audace : celle d'avoir osé sortir du cadre classique, même si ça implique une part d'insécurité.

Elle explique que lorsqu'on a un volume de 20 clients par semaine, on sait combien d'argent va rentrer. Pour faire autre chose, il faut accepter de sacrifier une partie de ce qu'on fait déjà pour libérer du temps. Elle définit sa prise de risque avec beaucoup d'humilité : elle a souvent une idée sans savoir exactement comment elle va y arriver, puis elle la lance quand même. C'est exactement ça, l'audace d'entreprendre autrement.

Ce qu'on retient de cette conversation

Cette conversation avec Caroline confirme une chose : diversifier son offre de services, ce n'est pas juste une question de revenus ou de visibilité. C'est d'abord une question d'alignement, avec ton rythme à toi, tes valeurs, et la façon dont tu veux aider les autres sans t'oublier toi-même.

Si toi aussi tu sens que ta pratique repose trop lourdement sur ta présence constante, l'expérience de Caroline montre qu'il existe d'autres façons de faire. Et qu'il est possible de bâtir une pratique plus humaine, plus flexible et plus soutenable, un pas à la fois.

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