Épisode 79

Plus qu'un logo : bâtir l'univers de ta marque - avec Aimée Desrosiers (La Biscornue)

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Lorianne Lacerte - Icône - Apple podcastÉcoutez sur Spotify

Quand on pense à l'image de marque, on pense souvent à un logo pis à deux ou trois couleurs. On le fait une fois, on coche la case, on passe à autre chose. Pour plusieurs professionnel·les en pratique privée, c'est déjà beaucoup.

Mais Aimée Desrosiers voit ça autrement. Je la connais depuis un bout de temps, et chaque fois qu'une de ses publications tombe dans mon fil, je la reconnais avant même de voir son nom. Je sais que ça va être différent. Je sais que ça va être elle.

C'est exactement de ça que je voulais jaser avec elle. Comment on bâtit un univers autour de sa marque ? Et est-ce que ça a vraiment du sens quand on travaille seul·e ?

Qui est Aimée Desrosiers ?

Aimée est designer graphique depuis 20 ans et travaille à son compte depuis 12 ans sous le nom de La Biscornue.

À ses débuts, elle était la graphiste sympathique. Elle disait oui à tous les contrats, même ceux qui la faisaient grincer des dents, parce qu'elle voulait rester accessible à tout le monde. Avec le temps, elle s'est rendu compte qu'elle s'était enfermée dans une boîte beaucoup trop petite. Le design graphique touche à tellement d'autres affaires, et c'est justement tout le reste qui la faisait vibrer.

Aujourd'hui, elle fait encore énormément de design graphique. Elle ne l'offre juste plus comme service à la pièce. Si tu lui écris pour qu'elle te fasse un logo, elle va devoir te dire non. Le design fait partie de tous ses projets, mais il vient avec quelque chose de beaucoup plus large. Elle se décrit comme un peu multipotentielle, comme bien des créatifs, et c'est en rassemblant toutes ses passions dans un même univers qu'elle a réussi à faire vivre une entreprise à plusieurs branches.

Elle se consacre maintenant au branding et à la mondélaboration (sa traduction du terme « world building »).

C'est quoi, un univers de marque ?

Pour Aimée, l'univers d'une marque, c'est l'ensemble de tout ce qui l'entoure. Ton logo, tes couleurs pis ton ambiance en font déjà partie. Elle, elle va plus loin. Elle pense à tous les petits détails qui entourent l'expérience d'un projet ou d'un service.

Ce qui la fascine, c'est qu'en ligne, on n'a accès qu'à la vue, et parfois à l'ouïe. On ne peut pas sentir. On ne peut pas toucher. Pourtant, une bonne expérience web réussit à nous faire imaginer tout ça.

Pour y arriver, elle propose des exercices un peu… particuliers. 😂 Par exemple : si ton entreprise était une odeur, ce serait laquelle ? Et si c'était une fleur ?

En mettant des mots sur ces sensations-là, on trouve des façons de dépasser les limites de l'écran.

Des chevaliers sur Discord pis des sous-marins

Je lui ai demandé des exemples concrets. Elle en avait plein.

Il y a d'abord sa formation sur Discord. Discord, c'est une application grise, très techno, très associée au gaming, avec plein de préjugés autour. Aimée a pris le contre-pied complet. Elle a créé une imagerie inspirée de la Renaissance, avec des personnages en armure qui tiennent un cellulaire ou qui sirotent un café pour emporter. Ce mélange de vieux et de nouveau rendait le sujet tellement plus invitant.

Il y a aussi le Festival Web de la création de contenu (FWCC), une semaine de panels gratuits à regarder en ligne. Chaque édition avait son univers, et son préféré se passait sous la mer. En t'inscrivant, tu répondais à un quiz qui t'assignait un sous-marin pis un équipage. Il y avait l'équipage plus pirate, celui plus impérialiste, celui plus nature. Chacun avait son logo, ses GIF animés, sa personnalité.

Au fond, tu allais juste écouter des panels. Mais tu le faisais à bord d'un sous-marin. Pour Aimée, Internet est pas mal plate ces temps-ci, et créer des expériences comme celle-là, c'est vraiment le fun.

Est-ce que c'est réaliste quand on est seul·e ?

C'est la question qui me trottait dans la tête, parce qu'un projet comme le FWCC, c'est gros. Aimée, elle, est convaincue qu'on peut s'amuser tout autant avec un petit projet. Pour elle, l'univers qui fonctionne se joue dans les petits détails. Tu choisis un thème, pis tu ajustes légèrement les endroits où les gens entrent en contact avec ton service. Ça peut être quelques mots, une couleur ou une photo, et ça n'a rien de compliqué.

Je l'ai vécu avec le Cabinet des curiosités. Au lieu de présenter mes recommandations sur une page beige, j'ai monté une table sucrée. Chaque produit est caché sous un macaron, un cupcake ou un suçon, et tu cliques dessus pour découvrir ce qu'il y a en dessous.

Oui, ça m'a pris plus de temps qu'une page plate. Aimée m'a fait remarquer que j'avais surtout eu beaucoup plus de plaisir à la faire. Elle a raison. Quand on s'amuse, on voit moins le temps passer.

Le personal branding, une question d'extraction

On entend sans arrêt qu'il faut être soi-même, être unique, être authentique. Aimée va bien au-delà de ce cliché, avec deux idées qui m'ont beaucoup parlé.

On n'est pas une multinationale

On parle souvent de branding comme si on était une grosse compagnie avec des centaines d'employé·es et des millions de dollars. Sauf qu'on n'est pas Nike. On n'est pas Apple non plus. Quand tu es travailleur·euse autonome, les gens achètent de toi, directement. Même si tu gardes une partie plus personnelle et une partie plus professionnelle, c'est toi qui es au cœur de tout.

Ton image existe déjà

Pour Aimée, le personal branding est un travail d'extraction. Dès que tu es vu·e, les gens se font une idée de toi, que tu aies travaillé là-dessus ou non. Ton image existe déjà. Le travail, c'est d'aller la chercher.

Ça passe par tes valeurs. Pas les trois mots qu'on retrouve sur toutes les pages « À propos », du genre « passion, intégrité et authenticité ». On parle de tes vrais non-négociables. Accepterais-tu un contrat super payant avec une entreprise dont les valeurs ne collent pas aux tiennes ? C'est ce genre de convictions-là qui va rejoindre les personnes qui croient aux mêmes affaires que toi.

Aimée ajoute que tout ça n'a même pas besoin d'être affiché. Les gens le sentent quand tu dis non à certaines choses. Ils le sentent quand tu assumes ton côté éclaté, ou ton côté plus introverti.

Deux façons de pratiquer la mondélaboration

Aimée voit deux grandes approches. Dans la première, tu es au centre et tous tes projets gravitent autour de toi. C'est sa façon à elle. Ses projets ont des thèmes complètement différents, mais on la sent partout. Dans la deuxième, tu choisis un univers thématique qui englobe tout, y compris toi.

Se connaître avant de bâtir

Aimée a remarqué quelque chose chez les gens qui bâtissent leur branding autour d'un univers. Quand le travail de personal branding n'a pas été fait avant, ça devient beaucoup plus difficile. Tu peux décider que ton univers sera floral. Mais est-ce que les fleurs, c'est vraiment toi ? As-tu vraiment envie de parler comme ça ?

Elle conseille donc de faire ces réflexions avant de bâtir ton univers, mais pas trop tôt non plus. Au début, on change d'idée souvent, et c'est correct.

Je l'ai vécu, ça aussi. Mon image a complètement changé il y a quelque temps, grâce à une personne qui me connaissait bien et qui m'a dit, en gros, que ce que j'avais ne me ressemblait pas. J'essayais de ne pas être trop. Sauf que dans la vie, je suis pas mal éclatée. J'ai fini par assumer la couleur, et aujourd'hui, mon image me ressemble beaucoup plus.

Trois étapes pour commencer, sans faire de design

Je l'avoue, quand je vois le travail de certaines personnes, ça me semble énorme. Pour la plupart des professionnel·les, le contenu, c'est une tâche de plus qui s'empile par-dessus tout le reste. Personne n'a cinq heures par semaine à mettre là-dedans.

La réponse d'Aimée m'a fait du bien. Si tu n'as pas envie de bâtir un univers, n'en fais pas. Si tu te forces, ça va paraître. Par contre, si l'idée t'allume, elle propose trois étapes simples qui ne demandent même pas d'ouvrir Canva.

1. Une idée proche de toi

Choisis un thème que tu aimes déjà. Tu tripes sur le café ? Utilise ça. Tu passes tes fins de semaine dans ton jardin, tu fais du journaling ou tu aimes inventer des cocktails ? Même chose. Plus le sujet est proche de toi, plus ce sera facile d'imaginer comment l'appliquer. Si tu choisis les licornes sans vraiment triper sur les licornes, ça va se voir.

2. Un champ lexical

Fais une liste de mots liés à ton univers. Ajoute des synonymes, des antonymes, des expressions. Ensuite, glisse-les partout, dans tes publications, tes courriels et tes textes. Aimée le fait avec son vocabulaire médiéval, et c'est en grande partie pour ça qu'on la reconnaît aussi vite.

3. Un mood board

Tu n'as pas besoin d'être une pro ; un tableau Pinterest fait très bien la job. Pense à comment tu veux que les gens se sentent. Tu aimes les fleurs ? Lesquelles ? À quoi ressemble ton jardin préféré ? Rassemble des images qui dégagent cette ambiance. Ensuite, prends la pipette et va chercher les couleurs qui reviennent souvent. Tu viens de te faire une palette.

Avec ces trois éléments, tu assures toi-même ta direction artistique. Pis si tu utilises des gabarits, c'est correct. Remplacer le fond blanc par un fond de fleurs parce que ton univers, c'est les fleurs, ça te donne déjà une longueur d'avance.

Aimée insiste aussi pour qu'on commence petit. Le cosmos ou l'océan au grand complet, c'est peut-être trop vaste pour un premier univers. Une boîte de thé ou un pot de fleurs, c'est parfait pour commencer. Pis l'important, c'est d'avoir du plaisir à le faire.

Pour découvrir l'univers d'Aimée

Si tu as envie de voir la mondélaboration en action, va suivre Aimée sur Instagram. C'est là qu'elle est la plus active, et c'est là que tout se passe. Tu vas reconnaître son univers dès la première publication, pis tu vas probablement capoter comme moi. 🤯

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