
Quand on pense à notre travail, on pense rarement à notre voix comme à un outil… Jusqu’au moment où elle commence à nous lâcher. 😬
Parce que quand ta voix ne suit plus, c’est toute ta communication qui est impactée. Et si tu travailles avec des enfants, des clients, des groupes, tu le sens rapidement.
Le problème, c’est que beaucoup de personnes banalisent ça.
Dans cet épisode, j’ai eu la chance de discuter avec Élise Tougas, une orthophoniste spécialisée en voix. On a pris le temps de démystifier comment fonctionne la voix, de comprendre ce qui peut l’affecter au quotidien, et surtout, de voir concrètement ce que tu peux faire pour la protéger.
Prête à mieux comprendre ta voix et à en prendre soin ? On plonge là-dedans ensemble. 🚀
Perdre sa voix, ça peut arriver à tout le monde. Et dans certains contextes, c’est complètement normal.
Par exemple, si tu as passé une soirée à parler fort, à chanter ou à crier, il y a de bonnes chances que ta voix soit un peu rauque le lendemain. Même chose si tu es malade, que ce soit un rhume ou une laryngite. Dans ces situations-là, il y a souvent plus d’inflammation, plus de sécrétions, et ça vient directement affecter la qualité de ta voix. 🤧
La bonne nouvelle, c’est que dans ces cas-là, ça se replace généralement assez rapidement. Avec un peu de repos et une bonne hydratation, ta voix devrait revenir à la normale en quelques jours.
Là où ça devient important de porter attention, c’est quand ça revient souvent.
Si tu remarques que ta voix change régulièrement, qu’elle devient rauque à répétition, ou que tu as l’impression qu’elle ne revient jamais complètement comme avant, ce n’est pas quelque chose à banaliser. Même chose si tu commences à ressentir de l’inconfort, de la fatigue quand tu parles, ou que tu ne sais plus trop à quoi t’attendre d’une journée à l’autre.
Et ça, Élise l’entend vraiment souvent : « c’est normal, je parle toute la journée ». Mais en réalité, ce n’est pas parce que tu utilises beaucoup ta voix que c’est normal d’avoir des difficultés.
Être plus à risque, ça ne veut pas dire accepter que ta voix te lâche.
Au contraire, c’est un signal que ça vaut la peine d’y porter attention dès maintenant, pour éviter que ça s’installe ou que ça s’aggrave. 💡
On utilise notre voix tous les jours, mais si je te demandais de m’expliquer comment elle fonctionne, est-ce que tu saurais quoi répondre ? 😅
La réalité, c’est que pour la majorité des gens, la voix, « ça sort tout seul ». On n’a jamais appris à parler comme on apprendrait une technique. Depuis qu’on est tout petit, on utilise notre voix sans trop se poser de questions.
Mais en arrière de tout ça, il se passe quand même quelque chose d’assez complexe.
La voix se produit grâce à un ensemble de structures qui doivent travailler ensemble de façon très coordonnée. On pense souvent aux cordes vocales, et oui, elles jouent un rôle central. Elles se trouvent à l’intérieur du larynx (dans la gorge) et ce sont elles qui vibrent pour produire le son.
Mais ce n’est pas juste une question de faire vibrer des cordes.
Le larynx est composé de muscles, de cartilages, et tout ça, ça doit fonctionner en synergie. Quand tout est bien coordonné, la voix se produit de façon fluide, sans effort. C’est ce qu’Élise appelle une voix « économique », une voix qui ne demande pas de forcer pour sortir.
Et ça, c’est un point clé.
Parce que dès qu’il y a des tensions musculaires qui s’installent, cette coordination-là devient moins efficace. La voix peut devenir plus forcée, moins stable, et parfois même inconfortable à produire.
Il y a aussi toute la question des muqueuses sur les cordes vocales. Pour que la voix soit claire et de bonne qualité, ces muqueuses-là doivent être souples et bien hydratées. Élise les compare à un Jell-O bien jiggly. 😂
Quand ce n’est plus le cas (par exemple si on est déshydraté ou si les cordes vocales sont trop sollicitées), la vibration est moins optimale, et c’est là qu’on commence à entendre une voix plus rauque.
Bref, même si ça semble automatique, la voix repose sur un équilibre assez fin. Et comprendre ça, ça aide vraiment à voir pourquoi elle peut se fatiguer ou se modifier. Viens, on explore plus en détail !
Pour vraiment comprendre ce qui se passe avec ta voix, Élise propose de la voir comme un système en 3 parties.
Le premier pilier, c’est celui auquel on pense le plus souvent : les cordes vocales.
C’est dans le larynx que tout se passe. Les cordes vocales vibrent pour produire le son, mais comme on l’a vu, ça demande une coordination très précise entre les muscles et les structures autour.
Quand tout est bien synchronisé, la voix sort facilement. Mais dès que cette coordination est moins efficace (par exemple, à cause de tensions), la voix peut devenir plus forcée, moins stable, et demander beaucoup plus d’effort.
Le deuxième pilier, c’est la respiration.
C’est l’air qui permet aux cordes vocales de vibrer. Pas d’air, pas de son. C’est un peu comme le gaz dans une voiture : c’est ce qui fait avancer le tout.
Mais ce n’est pas juste une question d’avoir de l’air. Il faut que le flot d’air soit bien contrôlé. Trop d’air, pas assez d’air, ou un air qui n’est pas stable, ça peut venir affecter directement la qualité de la voix.
Et souvent, quand la respiration ne fait pas bien son travail, le corps compense ailleurs, notamment en créant des tensions dans le larynx.
Le troisième pilier, c’est tout ce qui amplifie et transforme le son.
Le son produit par les cordes vocales va résonner dans la gorge, la bouche et le nez. Ces cavités-là agissent un peu comme un amplificateur naturel.
C’est aussi ce qui donne la couleur à ta voix, et ce qui fait que ta voix est unique.
Quand ce système est bien utilisé, il permet de projeter la voix sans forcer. Autrement dit, tu peux parler plus fort sans avoir l’impression de pousser.
Quand ces trois systèmes travaillent bien ensemble, la voix est fluide, stable et demande peu d’effort.
Mais dès qu’il y en a un qui ne suit plus, les autres vont essayer de compenser, et c’est souvent là que la fatigue, les tensions ou les inconforts apparaissent.
C’est pour ça que comprendre ces trois piliers, ça change complètement la façon de voir sa voix et surtout, la façon d’en prendre soin.
Maintenant que tu comprends mieux comment fonctionne la voix, ça amène une autre question importante : est-ce que toi, tu es plus à risque ?
Parce que oui, certaines personnes le sont plus que d’autres, et souvent, elles ne le savent même pas.
Un des premiers éléments à regarder, c’est ce qu’Élise appelle le « dosage vocal ».
Concrètement, ça veut dire à quel point tu utilises ta voix dans ta journée, mais aussi comment tu l’utilises.
Plus tu parles longtemps, plus tu parles fort, et plus tu utilises une voix aiguë, plus ton système vocal est sollicité.
Et là, si tu travailles avec des enfants, que tu parles dans un environnement bruyant, que tu dois projeter ta voix ou capter l’attention d’un groupe, il y a de bonnes chances que ton dosage vocal soit élevé.
Ça ne veut pas dire que tu fais quelque chose de mal. Mais ça veut dire que ta voix travaille beaucoup. 😅
Certaines professions sont donc naturellement plus à risque, comme les enseignant·es, les éducatrices, les conférencier·ères ou toute personne qui utilise sa voix comme principal outil de travail.
Il y a aussi des facteurs plus personnels.
Par exemple, Élise explique que les femmes sont souvent un peu plus à risque, notamment parce que leur voix est généralement plus aiguë. Ça fait en sorte que les cordes vocales travaillent différemment, ce qui peut les rendre plus vulnérables à certaines difficultés.
Mais au-delà du travail, il y a aussi tout ce qu’on fait avec notre voix dans le reste de notre journée.
Souvent, on ne réalise pas à quel point notre voix est sollicitée, jusqu’à ce qu’elle commence à fatiguer.
Et il y a aussi certains comportements qui peuvent augmenter le risque sans qu’on s’en rende compte.
Parler fort régulièrement, se racler la gorge souvent, tousser fréquemment, ou utiliser une voix qui n’est pas naturelle pour nous, ça peut créer un stress supplémentaire sur les cordes vocales.
Le point important à retenir, ce n’est pas de tout changer du jour au lendemain.
C’est surtout de prendre conscience de ton utilisation vocale.
La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que tu n’as pas besoin d’attendre d’avoir un problème pour agir.
Il y a des choses simples que tu peux mettre en place dès maintenant pour protéger ta voix au quotidien. Et comme Élise l’explique, ce n’est pas une question de tout changer, mais plutôt d’ajuster quelques habitudes qui peuvent faire une vraie différence.
Ça peut sembler de base, mais c’est souvent là que ça bloque.
Pour que tes cordes vocales vibrent efficacement, elles ont besoin d’être bien hydratées. Et ce n’est pas juste une question de boire beaucoup d’un coup, mais plutôt de boire régulièrement, tout au long de la journée.
Avoir une bouteille d’eau avec toi et prendre de petites gorgées souvent, ça peut vraiment aider à maintenir une bonne qualité vocale.
Et oui, les autres liquides comptent aussi, mais l’idée, c’est surtout d’éviter de passer plusieurs heures sans boire, puis d’essayer de « rattraper » à la fin de la journée.
On sous-estime souvent à quel point on utilise notre voix.
Prends un moment pour observer ta journée. Est-ce que tu parles sans arrêt ? Est-ce que tu passes d’un contexte à un autre sans pause ? Est-ce que ta voix travaille du matin au soir, sans vrai moment de récupération ?
Juste cette prise de conscience-là peut déjà t’aider à voir où tu pourrais alléger un peu la charge.
Ta voix, comme n’importe quel muscle, a besoin de pauses.
Élise suggère de viser environ 10 minutes de pause par heure quand c’est possible. Et une pause vocale, ce n’est pas parler moins fort… C’est vraiment arrêter de parler. (Je sais, c’est dur ! Mais t’es capable ! 😅💪)
Ce n’est pas toujours réaliste dans toutes les situations, mais même de petites pauses peuvent aider à diminuer la fatigue accumulée.
C’est probablement l’une des choses auxquelles on pense le moins, mais qui peut être vraiment aidante.
Si tu sais que tu t’en vas vers une journée où ta voix va être très sollicitée, prendre quelques minutes pour la « réchauffer » peut faire une différence.
Des exercices simples, comme faire vibrer les lèvres ou utiliser une paille pour produire des sons, permettent de mettre doucement les structures en mouvement.
Et ces mêmes exercices peuvent aussi être utilisés en fin de journée, comme un genre de retour au calme (un refroidissement) pour ton système vocal.
Même avec les meilleures intentions du monde, ça arrive que la voix commence à poser problème.
Et là, la question qui revient souvent, c’est : à quel moment je devrais consulter ?
Un bon point de repère, c’est de te demander si ta voix répond encore à tes besoins.
Si tu as l’impression qu’elle ne suit plus comme avant, qu’elle se fatigue rapidement, qu’elle devient inconfortable à utiliser, ou qu’elle change de façon persistante, c’est un signal à prendre au sérieux.
Même chose si ta voix ne revient pas à la normale après quelques jours, ou si les difficultés reviennent régulièrement.
Dans un monde idéal, le parcours passerait par un médecin, puis une référence en ORL, pour aller voir directement l’état des cordes vocales avec une caméra. Ensuite, un·e orthophoniste pourrait intervenir.
Mais dans la réalité, ce n’est pas toujours aussi simple.
Les délais peuvent être longs, et plusieurs personnes n’ont pas accès facilement à un médecin de famille. Pendant ce temps-là, la situation peut continuer d’évoluer.
C’est pour ça qu’Élise insiste sur un point important : tu peux consulter directement en orthophonie.
Ça permet déjà de commencer à comprendre ce qui se passe, de mettre en place des stratégies, et d’éviter que certaines habitudes ou compensations s’installent.
Évidemment, si une évaluation médicale est nécessaire, elle pourra être faite en parallèle ou par la suite.
Mais l’idée, ce n’est pas d’attendre que ça devienne un gros problème.
Parce que plus on attend, plus le corps a tendance à compenser. Et ces compensations-là (comme les tensions musculaires) peuvent rendre la situation plus complexe à corriger par la suite.
Consulter tôt, c’est souvent plus simple, plus rapide, et beaucoup moins lourd à gérer au quotidien.
Si en lisant tout ça, tu te reconnais un peu, ou que tu as des questionnements par rapport à ta voix, sache que tu n’as pas à rester seul·e avec ça.
Il existe des ressources pour mieux comprendre ce qui se passe et pour t’aider à agir concrètement.
Par exemple, Élise mentionne le Baladovoix, un balado entièrement dédié à la voix, qui permet d’approfondir plusieurs aspects et de mieux comprendre les enjeux liés à son utilisation au quotidien. C’est une belle façon de continuer à s’informer, à ton rythme. (Ce n’est pas la première fois que j’entends parler de ce balado. D’ailleurs, dans l’épisode 66 de L’orthophonie simplement, je discute avec Ingrid Verduyckt et Édith Coulombe, deux chercheures qui ont participé au projet du Baladovoix. 😉)
Élise partage aussi elle-même du contenu éducatif pour répondre aux questions fréquentes et rendre tout ça plus accessible. Si tu es enseignant·e ou que tu utilises ta voix au quotidien, je te suggère cet article.
Mais au-delà de l’information, il y a aussi l’accompagnement.
Consulter un·e orthophoniste spécialisé·e en voix permet d’aller voir plus précisément ce qui se passe dans ta situation à toi. Qu’est-ce qui sollicite ta voix ? Quelles habitudes pourraient être ajustées ? Qu’est-ce qui ferait le plus de différence dans ton quotidien ?
Ça évite d’essayer un peu de tout, sans vraiment savoir ce qui va t’aider.
Et surtout, ça permet d’agir de façon ciblée, avec des stratégies adaptées à ta réalité.
Parce que chaque voix est différente. Et ce qui fonctionne pour une personne ne sera pas nécessairement ce qui va fonctionner pour une autre.
Bref, ce qu’il faut retenir, c’est que des solutions existent.
Tu peux mieux comprendre ta voix, apprendre à la protéger, et aller chercher de l’aide si tu en ressens le besoin.
Et plus tu le fais tôt, plus ça va être simple !
Tu veux aller plus loin ? Je t’invite à développer le sujet davantage en explorant les liens suivants :
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Perdre la voix peut être normal dans des situations ponctuelles comme après avoir beaucoup parlé, chanté ou en cas de rhume ou de laryngite. Ces événements peuvent provoquer une inflammation ou une irritation des cordes vocales. Toutefois, lorsque la perte de voix devient fréquente ou récurrente, cela n’est plus considéré comme normal et peut indiquer un problème vocal nécessitant une attention particulière.
Les principaux signes d’un trouble vocal incluent une voix rauque, une perte d’endurance vocale, des changements fréquents de qualité de voix, des inconforts en parlant ou l’impression de ne plus retrouver sa « vraie voix ». Si ces symptômes persistent ou reviennent régulièrement, il est recommandé de consulter un·e professionnel·le.
La prévention passe par plusieurs bonnes pratiques : s’hydrater régulièrement, prendre des pauses vocales, réduire le volume de la voix, et faire des exercices de réchauffement vocal. Il est également important de prendre conscience de son utilisation quotidienne de la voix, surtout pour les professionnel·les qui l’utilisent intensivement.
Il est conseillé de consulter un·e orthophoniste dès que la voix ne répond plus aux besoins, que des inconforts apparaissent ou que les symptômes persistent. Une évaluation permet d’identifier les causes et de mettre en place une rééducation adaptée, idéalement avant que la situation ne s’aggrave ou que des lésions apparaissent.